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Complexités de la ville augmentéeCompte-rendu de l'atelier Villes 2.0, "Scénarios et enjeux de la Ville augmentée", du 13 février 2007 à Marseille. Interventions de Mathieu Becus, Inria-Rennes et laboratoire ACES, Frédéric Kaplan, chercheur à l'EPFL, Sandrine Herbert, étudiante à l'ENSCI, et Patrick Wetterwald, CISCO, en charge du projet MuniMesh labellisé par le pôle SCS.
Instant City, Peter Cook - Collection Frac Centre
A l'image d'Instant City, une ville aérienne, gonflable et nomade surgie de nulle part pour se fixer, l'espace de quelques instants, sur la ville terrienne, une utopie urbaine imaginée par les jeunes architectes britanniques du groupe Archigram à la fin des années 60, la ville augmentée est dotée d'une machinerie complexe.
Même si les technologies différent - il ne s'agit plus aujourd'hui de mobiliser une flotte de dirigeables et de montgolfières, desquels on déroulerait tentes et écrans pour déverser sur une population hypnotisée un flot d'images, de textes, et d'informations - les agencements machiniques d'Instant City anticipent étrangement les complexités de la ville augmentée. La ville augmentée existe, on peut déjà l'observer à divers endroits de la planète :
Dans la ville augmentée, la machinerie numérique est bien là, qui procède de l'omniprésence des réseaux, avec et sans fil, et des puces (Rfid, capteurs, caméras, géo-localisation...) insérées dans les espaces, les objets et les corps, et de la combinatoire presque infinie que représente l'entrée en communication de tous ces objets les uns avec les autres. Une machinerie qui fabrique de nouvelles complexités : celles des flux, des services, des espaces-temps, des mobilités, des gouvernances. Complexités visibles et invisibles
Une des promesses de la ville augmentée, c'est la ville simplifiée. Dans cette perspective, la complexité se dissout dans la simplicité, devient transparente, invisible pour l'usager, voire prévenante à son égard. C'est l'informatique diffuse. Mathieu Becus, chercheur à l'INRIA-Rennes, attaché u laboratoire ACES (Ambiant Computing and Embedded Systems), a présenté plusieurs applications relevant de cette discipline.
Comme Ubiboard (video), un dispositif d'affichage fragmenté, capable de détecter la présence d'individus autour de lui, de s'adresser à eux dans leurs langues, et de diffuser les informations sur le tableau d'affichage proprement dit pour le groupe linguistique majoritaire, sur leurs téléphones portables pour les autres. La complexité discrète de ce dispositif s'appuie ici sur la communication établie via le réseau bluetooth entre le tableau d'affichage et les téléphones portables des personnes se trouvant à proximité du panneau. La mise en contact de leurs bulles bluetooth respectives active le service. Au terme d'un accord inédit de transfert de technologie avec l'Inria et le laboratoire concepteur de l'Ubiboard, le groupe JC Decaux déploiera prochainement cette technologie et ce type de panneaux dans les aéroports, les gares et autres hubs territoriaux. Il y a aussi des complexités indiscrètes et visibles. Le projet Munimesh, labellisé par le pôle de compétitivité mondial SCS, et présenté au cours de cet atelier, pointe lui les imperfections de la couverture radio urbaine. Il est vrai que du satellite au Rfid en passant par le GSM, le wi-fi ou le bluetooth, les coutures des réseaux résistent, l'interopérabilité patine, la convergence promise se fait attendre, compromettant le déploiement d'une nouvelle génération de services urbains numériques (vidéo-surveillance, télé-santé, services à la personne, gestion des servives municipaux …). Pour y remédier, inspirés par le modèle américain du wi-fi municipal, les porteurs du projet Munismesh se propose de déployer une infrastructure neutre et publique, sous la forme d'un réseau wifi mesh (voir fiche d'expertise Fing), qui serait à la disposition de tous les acteurs concernés, et fonctionnerait comme une plate-forme ouverte de services urbains numériques. La ville sensible
On l'a vu avec l'Ubiboard, l'informatique ambiante est sensible à ma présence, capable de détecter mes préférences et de s'y soumettre, dès lors qu'elles figurent dans mon téléphone portable, pda ou tout autre "device". Il s'agit ici d'une sensibilité limitée dans l'espace, celui qui a précisément fait l'objet d'une programmation "spatiale" spécifique par les ingénieurs de l'Inria. Seule mon intrusion dans ce lieu, délimité par la portée de la bulle wi-fi, bluetooth ou Rfid associée à l'objet, déclenchera une interaction.
La ville augmentée, et sa machinerie numérique, favorise l'émergence de nouvelles sensibilités urbaines. Nos rapports aux lieux, aux objets, aux immeubles, à l'espace public changent. L'exploration de ces nouvelles sensibilités mobilise de nombreux artistes, architectes, urbanistes et designers. Sandrine Herbert, étudiante de l'Ensci, a présenté un ensemble de projets ou réalisations traitant de ces liens nouveaux entre TIC et espace public. Comme "Colour by numbers", une installation interactive suédoise, consistant à installer sur une ancienne tour de télécommunications un éclairage interactif, qui varie en fonction des trajectoires des passants, et des sms que ces derniers peuvent envoyer. Dans le même esprit, on a aussi joué une partie de Tetris sur un immeuble, écrit sur une facade, écouté un message dans un mur, et joué au loup numérique dans la ville (le 1er qui est géolocalisé et tagué a perdu). On peut vouloir prendre la main sur les façades et les immeubles, on peut aussi, comme à Tokyo près de la gare d'Osaki, se laisser surprendre par un sol réactif, quadrillés de capteurs sensibles au poids et de leds, propageant à votre passage une série d'ondes lumineuses et de vibrations sur l'espace environnant, physique et liquide. Ce dialogue sensuel avec le sol et l'environnement urbain a été conçu pour apporter un peu de sérennité aux voyageurs stressés qui peuplent ce hub territorial. Médiatisées par les prothèses numériques urbaines, mobiles ou immobiles, le citadin accède à de nouvelles perceptions augmentées. Le jogger peut connecter son Ipod au capteur embarqué dans sa basket, et surveiller sa vitesse, la distance effectuée, le temps de course. Le flaneur peut capter des traces sonores déposées par d'autres sur des audio-tags. A partir d'une cartographie émotionnelle, le curieux peut voyager dans la ville subjective. Transparences
La transparence est une notion constitutive, avec la complexité et la sensibilité, de la ville augmentée. Frédéric Kaplan, chercheur à l'EPFL, a retracé la généalogie de cette notion de "ville transparente" dans sa forme cinématographique. On se reportera à son article publié sur ce site pour avoir le récit complet de cette généalogie. L'idée directrice est que certains films fabriquent des archétypes de villes qui vont marquer leur période, Métropolis de Fritz Lang pour les années 20 et la ville verticale, Matrix des fréres Wachowski pour les années 90 et la ville simulacre.
La ville transparente, c'est celle des années 2000, et la vision la plus aigue est celle proposée par Steven Spielberg dans "Minority report" : "La vision qu'il propose dans Minority Report est aujourd'hui considérée par beaucoup comme la référence de ce que sera le futur de notre quotidien technologique : interface gestuelle, cinéma 3D, affichage interactif, publicité ciblée, la biométrie et surveillance généralisée". Au-delà de la ville transparente, Frédéric Kaplan s'interroge sur la société transparente. "La société transparente se caractérise par ses rapports singuliers à la visibilité et l'invisibilité. La technologie tend à devenir invisible, embarquée dans les objets du quotidien et dans le tissu même urbain. Du même coup, elle offre une visibilité permanente. Chacun est susceptible d'être observé, suivi, repéré. Cette visibilité se prolonge également dans le passé, grâce aux innombrables traces que la technologie invisible peut recueillir, consigner et archiver. Grâce à cette mémorisation permanente du passé, il devient possible repérer des régularités, d'identifier des structures récurrentes, en un mot de prédire le futur. Les conséquences sont innombrables. La société transparente poussée à son extrême conduit à l'économie parfaite– le comportement de chaque agent économique étant tracé de manière parfaite et le système de prix peut être adapté en temps réel - à la fin de la psychologie – l'abondance des informations disponibles prenant le pas sur l'intuition et l'introspection - et la démocratie absolue –un contrôle permanent de tous sur tous". Enseignements de l'atelier
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