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Entretien avec Jean-Charles Decaux
Stations Vélov sur une carte Google
Jean-Charles Decaux est Président de JC DECAUX. Dans un entretien avec Bruno Marzloff, il partage sa vision de la ville 2.0, pointe les tendances qui vont compter pour son groupe, et annonce de nouveaux projets, comme l'auto-partage. "La génération internet, qui arrive au pouvoir, ne conçoit pas le monde sans la Toile. Elle se moque de posséder son vélo, voire sa voiture, pour autant qu'elle ait la garantie d'un déplacement assuré, sans supporter les inconvénients de la propriété. Nous invitons les usagers à se connecter. Tout est dans l'invitation. Cette "connexion invitée" est le fondement d'une révolution pour les annonceurs. Le dialogue qui s'amorce est d'un autre ordre. Notre industrie se transforme de l'exposition unilatérale d'un message à l'instauration d'un dialogue."
La ville bouge, la ville grandit, sa population croît. Et au moment où au plan mondial, la moitié de la population est urbaine, il est impératif de s'interroger encore plus sur la ville et de se poser de nouvelles questions sur son devenir. Cela est encore plus nécessaire pour JCDecaux dont l'urbain constitue le territoire et pour lequel le citadin constitue un motif permanent d'interrogation. Nous voyons se dessiner quelques tendances, sans pour autant en mesurer encore toutes les conséquences. Autonomisation croissante du citadin
La première de ces tendances est l'autonomisation croissante du citadin. Ce dernier est désormais en mesure d'être en contact avec le reste du monde pendant l'intégralité de son quotidien. Il peut à tout moment, s'organiser, s'instruire, s'informer, travailler, se divertir … depuis n'importe quel point de son parcours… mais aussi en chemin. Et nous n'en sommes qu'aux prémices. Si on se projette à cinq ans, les dernières limites tomberont dans les connexions et les transactions de n'importe quel point, à n'importe quel moment et par n'importe quel moyen. Cela signe la fin des cloisonnements des espaces et des temps. Nous vivons maintenant dans la continuité. Cela coïncidera d'ailleurs avec l'arrivée au pouvoir de la génération internet. Cette génération ne conçoit pas le monde sans la Toile et la connectivité permanente qui s'y attache. Elle fait partie intégrante de sa vie quotidienne. Cela induit, bien entendu, un autre rapport à l'information. Nous sommes très attentifs à cette évolution radicale. Elle concerne nos produits ; donc nos partenaires, nos usagers, nos amis. Sur ces thèmes, nous avons besoin d'éclairages que les ateliers Villes 2.0 doivent nous apporter.
Transformation des mobilités
La seconde tendance que nous identifions est la transformation des mobilités. La partition entre déplacements individuels et collectifs va disparaître. Elle laissera la place à des partages multiples. Partage d'un même transport d'abord, mais sous de nouvelles formes. Au-delà du transport public dont le rôle ne cesse de s'élargir, les moyens individuels – comme le vélo, mais aussi la voiture – deviennent "collectifs". Ils sont "partagés". Partage encore, parce que les citadins vont jouer des différents modes de transport au sein d'un même parcours. Partage enfin, car il faut que l'espace public se partage entre tous ces modes et que la ville ménage des "hubs" qui fluidifient les correspondances entre ces modes.Tout cela appelle de nouveaux modèles économiques sur lesquels nous avons déjà travaillé et que nous repensons régulièrement pour faire en sorte qu'ils soient le plus satisfaisant pour leurs usagers et le moins coûteux possible pour la collectivité.
JC DECAUX s’annonce dans la voiture en partage
Un des corollaires est la réduction progressive de la possession. Cette même génération évoquée plus haut se moque de posséder son vélo, voire sa voiture, pour autant qu'elle ait la garantie d'un déplacement assuré, sans supporter les inconvénients de la propriété. Cela ne signifie pas l'absence de coût, mais les modèles économiques ne seront plus ceux d'hier. Ils n'imposeront plus d'investir dans la propriété de son véhicule. Une autre des conséquences de ces logiques de mobilités urbaines est la généralisation du numérique dans la mobilité ; tant pour assurer l'information généralisée et personnalisée que pour permettre les transactions fluides ou encore pour ausculter lesvéhicules à distance, etc.
En la matière, JCDecaux montrera une implication totale et pourrait s'ouvrirà la voiture en partage, comme il l'a fait dans le vélo. La présence,dans le programme Villes 2.0, de partenaires villes et transporteurs est pour nous une garantie de dialogues constructifs et d'investigations prospectives pour nous guider dans ces voies inédites. Ville durable
Troisième grande tendance, la ville durable. Cet enjeu a été trop longtemps négligé et la prise de conscience de cet impératif se réalise à un rythme accéléré… Au rythme de la fonte des glaciers. Alors, comment optimiser les énergies ? Comment réduire l'impact du CO2 ? Qu'est-ce qu'une ville durable ? Qu'est-ce que la mobilité durable ? Ces questions, JCDecaux se les posent. Cela fait partie depuis longtemps de notre culture d'entreprise. Ainsi, depuis déjà quinze ans, nous avons mis en place des procédures pour analyser le cycle de vie de nos produits, en mesurer les éventuels impacts. Nous travaillons aussi sur l'énergie solaire afin d'équiper nos mobiliers urbains de moyens autonomes et non polluants. Mais il reste énormément de choses à faire. Nous attendons du programme Villes 2.0 et de ses partenaires qu'ils nous orientent sur ces réflexions. Nous saurons aussi apporter nos connaissances.
En posture de gérer des générations considérables de flux
Mais n'oublions pas que l'assise économique de notre activité est avant tout la mise en relation des citadins, citoyens, voyageurs et consommateurs avec des fournisseurs d'informations, de produits, de services. Nous nous interrogeons sur les formes que prendront demain ces dialogues entre ces protagonistes et leurs fournisseurs, et au premier chef, les annonceurs. JCDecaux a été fondateur et pionnier des mobiliers urbains dans le monde. Nous avons progressivement élargi nos compétences, nous avons consolidé nos moyens. Il faut maintenant accélérer le mouvement et transformer pour ce faire l'entreprise et son exploitation. Nous sommes passés d'une société de mobilier urbain à une société de communication extérieure. Notre vocation désormais est d'accompagner le citadin depuis le monde de la maison dans tout l'univers de la ville. C'est cette vision qui explique le rachat d'Avenir comportant des activités d'affichage grand format et de publicité dans les aéroports. C'est encore cette vision qui explique la collaboration ouverte avec l'Inria et la recherche. C'est toujours cette exigence qui explique notre engagement dans le programme Villes 2.0. Nous nous sommes mis en posture de gérer des générations considérables de flux. Nous sommes ainsi devenu l'opérateur de communication n°1 des espaces de transport dans le monde, en investissant des aéroports, les gares, des stations de métro et de bus.
La connexion invitée
Dès lors, notre discours vers les annonceurs est très clair. Nous leur proposons de les accompagner au quotidien sur le territoire de la ville et de leur donner accès à une logique de communication dans le mouvement qui épouse les parcours des utilisateurs. Nous le pouvons parce que nos supports jalonnent la ville et que nous y introduisons peu à peu une dimension numérique. Cela se fait en parallèle à la massification des terminaux numériques individuels. Cela ouvre donc la voie à une interactivité dans la communication et dans les informations. Le défi qui se pose à l'entreprise est de s'adapter aux exigences de l'usager de la ville dans un dialogue souhaité qui récuse toute dimension intrusive. Nous invitons les usagers à se connecter. Tout est dans l'invitation. Cette "connexion invitée" est le fondement d'une révolution pour les annonceurs. Le dialogue qui s'amorce est d'un autre ordre. Notre industrie se transforme de l'exposition unilatérale d'un message à l'instauration d'un dialogue. Nous voulons être les pionniers de cette transformation. Un formidable changement s'opère sur le territoire de la ville, ses trottoirs, ses passages, ses espaces de transit, ses lieux d'échanges. C'est là où se cristallisent les dynamiques de la société. C'est là que se révèlent des demandes pratiques d'information et de services, mais c'est aussi là que se transforment les urbanités et les civilités. Nous souhaitons être partie prenante de ces mouvements. Ce sont pour nous autant de territoires légitimes d'expression à consolider ou à conquérir.
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