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Interview Christian Nold
Ars Longa, dans le cadre du festival Mal au Pixel a invité le concepteur du BioMapping Christian Nold.
Nous avons pu réaliser une courte interview de Christian Nold dans les locaux d'Ars Longa à la suite du workshop Biomapping auquel l'équipe Villes 2.0 a participé. Ci-joint une traduction de cet échange : Qui êtes-vous Christian Nold ? Pour certains, je suis un artiste, pour d'autres je suis un designer, parfois je suis consultant. En fait, on vous prend sérieusement si vous prétendez que vous n'êtes pas la personne à laquelle vos interlocuteurs pensent. Aux artistes, je dis que je suis designer, et aux designers, je dis que je suis un artiste. Vous êtes connu pour vos travaux sur le Biomapping, pouvez vous nous dire quelques mots se ce qu'est le biomapping ? Le Biomapping est deux choses différentes : Des outils et une méthodologie. Tout le monde pense que le biomapping est un outil, mais en fait je suis pas vraiment intéressé par la technique. L'outil est un système capable de mesurer le taux de conductivité électrique de la peau. C'est le système que l'on utilise dans les détecteurs de mensonges. Cet appareil est relié à un GPS. J'essaye d'utiliser ce système pour mesurer les émotions dans la ville. L'idée est de doter des participants de cet objet couplé au lecteur GPS afin de mesurer l'ambiguïté entre la ville et le corps. Comment notre corps "réagit" à la ville. Dans tous les travaux que vous présentez, la participation des utilisateurs à vos projets est centrale pourquoi ? La méthodologie employée dans le cadre du biomapping offre une place centrale aux "participants". Mon intérêt dans la démarche est politique, la technologie est liée aux relations sociales, aujourd'hui les technologies sont très top-down dans leur relations avec les personnes. L'idée est de faire participer les gens afin qu'ils aient un autre rapport avec la technologie, les placer dans des situations dans lesquelles ils ne sont pas familiers, afin de leur faire prendre conscience de leur rapport avec les technologies. Je suis plus dans une relation d'éducation par rapport à la technique. On n'apprend pas qu'a l'université, mais tout le temps. J'essaye dans mon travail de trouver les moyens de pousser cette éducation face à la technique. Qu'est ce que cela change pour les gens d'être participants ? Je pense que les gens prennent conscience que les technologies ne sont pas quelque chose d'intangible. "Tekne" en Grec, c'est la compétence et la ruse. Il me semble que ce qui est intéressant dans la technique, c'est dans son appropriation, qu'elle devienne non plus un outil, mais une compétence, que les gens puissent s'en saisir, sans la subir. Quand dans le futur proche, les technologies seront invisibles, nanométriques, "embarquées" dans les corps les objets, que les systèmes seront extrêmement complexes il faudra quelles restent "visibles" et que les gens fassent parti de cette visualisation. Durant une précédente discussion informelle, vous nous avez dit que les frontières entre artistes, architectes, designers sont en train de s'effacer, pourquoi ? Avec le réseau, on voit de nouvelles choses apparaître, par exemple en médecine. De plus en plus de personnes se renseignent sur l'internet avant d'aller voir un médecin et arrivent avec une très grande somme d'informations. Cela devient problématique pour les médecins, leurs malades ne sont plus passifs. Quand vous parlez avec quelqu'un d'informé, ça change la relation. Ceci arrive aujourd'hui dans toutes les disciplines. C'est un changement radical. J'espère que bientôt les gens deviendront ingouvernables, car ayant assez de connaissances sur le fonctionnement du système, ils ne croiront plus a ce que dont on les nourrit tous les jours. Qu'est ce que ça change pour la ville ? Pour l'expérience de la ville ? La ville a été très lente a s'adapter aux transformations entraînées par les technologies et je me demande pourquoi. Je pense qu'il y a beaucoup d'organisations qui gèrent la ville qui viennent des années 70 et qui sont encore dans les processus de décisions, leur langage et grammaire viennent de cette période. Ils étaient des activistes, mais maintenant s'institutionnalisent. Il y a une nouvelle génération de personnes qui arrive avec avec d'autres types de formations, généralement venant du monde de l'internet. Ils ont peut-être moins de connaissances sur l'organisation de la ville, peu d'expérience "classique", mais ont de nouvelles idées. Néanmois, ils ne savent pas communiquer. Je pense que ça vient de là que la ville n'arrive pas à changer rapidement. Par exemple entre les aménageurs du territoire classiques et les personnes qui utilisent les technologies. Que pensez-vous de l'invasion des capteurs dans la ville ? Malheureusement on n'a pas vraiment le choix, on l'a vu avec les discussions autour des tags RFID. En fait pour moi, les meilleurs scénarios d'utilisation de ces capteurs ne sont pas créés par des artistes, mais par l'armée Américaine, par exemple les "smart dust". C'est un fantasme dont rêve tous les aménageurs du territoire, pouvoir tout voir, tout contrôler, le parfait panoptique. Il va nous falloir réfléchir aux conséquences, pas vraiment s'occuper des capteurs mais des données qui vont être produites. Qu'est ce qui est vraiment capturé ? On ne parle pas le bon langage, nous sommes encore dans une logique Big Brother. Il va falloir se poser la question de comment nous divulguons nos données personnelles. Aujourd'hui les gens ne voient pas vraiment les potentialités de ces données. Nous parlons encore de la liberté d'expression / libertés individuelles / privacy, et ceux qui défendent ces concepts sont aussi ceux qui veulent installer les CCTV dans les rues sous couvert de protéger ces droits. On veut réduire notre responsabilisation (empowerment). Je trouve que la vision de la ville par les acteurs traditionnels a quelque chose d'autocratique, très top-down. |
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