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La ville 2.0, complexe ... et familière - Introduction
Le numérique est entré dans la ville
Minérale et charnelle, historique et politique, la ville est aujourd'hui, aussi numérique. A l'espace physique urbain tangible fait de béton, de briques, d'infrastructures d'acier, de réseaux de fluides, viennent se superposer des couches numériques, physiques (artefacts et réseaux) et informationnelles (données, flux, logiciels et services). Le câble, le cuivre du téléphone et la fibre optique, les réseaux hertziens Wi-Fi et WiMAX, les antennes GSM et 3G, les satellites, les capteurs, les puces dans les objets, les espaces et demain dans les corps, les écrans publics… forment l'infrastructure physique qui supporte l'internet et les réseaux mobiles. Sur cette « infostructure » vont naviguer des flux de données, d'images et de sons (y compris, bien sûr, la voix de la conversation téléphonique). Les opérateurs de services urbains développent des systèmes d'information, des sites web, des services numériques. Les municipalités mettent en place des portails d'informations, des forums de discussions, des systèmes d'informations géographiques, installent des points d'accès Wifi dans les jardins publics et les bibliothèques. Les blogueurs discutent de la ville, de ce qui s'y déroule. Sur les "sites sociaux", il y discutent, y prennent rendez-vous, y organisent des événements. Les utilisateurs de Google Maps et des sites qui s'appuient sur ses cartes annotent les lieux, y ajoutent descriptions, commentaires, photos et vidéos. Certains enrichissent les cartes numériques des villes, notent les restaurants, les lieux de sortie, indiquent et renseignent les événements de la ville, utilisent les réseaux sociaux pour se retrouver, partager et échanger. Des capteurs mesurent la pollution, le bruit, les flux de véhicules et de personnes et bien d'autres données. Des joueurs utilisent des mobiles, des coordonnées GPS, des données corporelles pour faire de la ville leur théâtre d'opération. Presque toutes les innovations dans les services et les usages de la ville s'appuient sur le numérique et les réseaux. Le vélo ou l'automobile partagée, la ville durable, la démocratie participative, les nouveaux dispositifs culturels, les zones d'activité, les politiques sociales ont toutes un substrat numérique de plus en plus essentiel : des systèmes d'information, des canaux de communication multiples, des outils de mesure ou de modélisation, des services à distance et mobiles. Egocité et complexité Le numérique ne tombe pas par mégarde sur la ville. Derrière ces mouvements s’exprime, et s’accélère, une transformation profonde de nos modes de vie en ville, de notre mobilité, de nos pratiques sociales et de consommation, de l’organisation de notre temps privé et professionnel, du rôle et du fonctionnement des entreprises présentes dans la ville, mais aussi des acteurs publics et des gestionnaires d’infrastructures urbaines. Personne ne reste à l’écart de cette mutation des villes qui touche l’espace et les rythmes urbains, les liens sociaux, les services et les commerces, les loisirs et les transports, l’administration et la politique. On demande autre chose à la ville, et l’on y participe différemment. On attend des entreprises et des administrations de nouvelles attitudes : personnalisation, multicanal, services composites associant plusieurs acteurs pour répondre, de bout en bout, à des besoins très diversifiés, partage des informations. Cette ville plus personnelle, qui s'organise de plus en plus autour de chaque individu, est aussi plus complexe. Elle devient plus complexe à "naviguer" pour un citadin confronté à l'hyperchoix et à la surinformation. Tout le monde ne dispose pas des mêmes capacités à en exploiter les richesses, et le risque est que ces richesses finissent par s'organiser en fonction de qui sait les exploiter d'une manière rentable pour ceux qui les produisent. Mais la ville est aussi plus complexe à piloter pour des institutions qui doivent donner un sens collectif à cette diversité, en composant avec des acteurs, entreprises, associations et citadins, parfois aussi bien informés qu'elles, voire mieux. Relation et familiarité L'individualisation des modes de vie n'a pas pour corollaire un repli des individus sur eux-mêmes. Au contraire, jamais nous n'avons, en moyenne, autant bougé, autant entretenu de liens et de relations. Cet individualisme a été décrit comme "relationnel", "en réseau", parce que chaque individu invente, exprime et déploie son identité dans la relation aux autres. Le numérique et les réseaux, notamment mobiles, sont l'outil rêvé de ces nouvelles formes de lien social. A l'inverse, par contre, leur coût et leur complexité peut contribuer à installer dans l'exclusion ceux qui ne disposent pas des moyens ou des capacités de s'en servir : la "fracture numérique" épouse assez fidèlement les contours de la "fracture sociale". Mais dans le même temps, l'articulation intelligente entre les couches physiques et numériques peut aussi devenir un puissant vecteur de maîtrise individuelle et collective sur la ville. Des "sites sociaux" produisent des fêtes, des repas de quartier, des systèmes de troc ou des mobilisations citoyennes. Des espaces publics numériques deviennent des noeuds de la vie de certains quartiers. Des services mobiles géolocalisés aident les visiteurs ou les handicapés à circuler dans le désordre urbain. De nouvelles représentations en temps réel prennent le pouls de la ville et se partagent avec les citoyens. Naviguer, partager,transformer la ville Peut-on, tout en bénéficiant des avantages de l'individualisation, chercher à rendre la ville également plus familière, plus accessible, et plus collective ? Peut-on faire en sorte que les dimensions physique, sociale et numérique de la ville plus et mieux, aujourd'hui, au service d'une ville "augmentée" plutôt que "numérique", d'une ville à la fois plus attentive à chacun, et plus familière à tous ? C'est à cette tension féconde entre, d'une part, la complexité liée à l'individualisation et à l'explosion des flux numériques et d'autre part, les possibilités d'une recombinaison pour rendre la ville plus navigable, plus sociable, plus attentive, que s'intéresse ce cahier de tendances. La première partie s'intéresse au lien quotidien entre les couches numériques et physiques de la ville : quelles interfaces permettent d'enrichir ce lien, quelles signalétiques rendent les ressources numériques aussi tangibles, donc accessibles, que les ressources physiques de la ville. La seconde partie se concentre sur les services et les pratiques qui s'appuient sur les "réseaux sociaux" de chacun d'entre nous pour produire du lien social et l'enrichir. Ces réseaux ne se cantonnent pas au web : ils sont mobiles, ils se projettent sur des cartes, ils produisent de la rencontre et même de nouveaux types de lieux urbains. C'est aux cartes que se consacre la dernière partie. La carte devient l'interface-clé de la ville. Elle tisse entre eux les espaces physique, relationnel et numérique. Elle nous permet de changer en un clin d'oeil la perspective sous laquelle nous regardons la ville : au ras du sol comme un piéton, de trois-quarts comme si nous y circulions dans un aéronef personnel issu de la science-fiction, ou de très haut, pour en avoir un point de vue global. Elle fonctionne à la fois comme une représentation, un outil d'analyse, un plan pour s'y repérer, un outil de navigation et un dispositif de contrôle sur lequel on "clique" pour agir sur la ville physique. Elle devient le support de débats élargis sur l'avenir de la ville. Les aperçus qui suivent ne se veulent pas exhaustifs. Ils ne proposent pas de conclusions définitives. Leur but est d'introduire les transformations de la ville, vues sous un angle original : celui de l'utilisation des technologies de la communication considérées comme des leviers de changement, comme des moyens de se réapproprier la ville, chacun et ensemble. Dans la même rubrique :
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