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Dimanche 1 Août 2010

La ville 2.0, plate-forme d'innovation ouverte



La ville 2.0, plate-forme d'innovation ouverte
Daniel Kaplan, délégué général de la Fing : Seoul et Amsterdam se proposent de créer une tarification urbaine idéale : on va obliger les automobilistes à avoir des GPS qui transmettent minutes par minutes la localisation des véhicules. Voila ce qu’on ne veut pas. On ne réglera pas par des solutions d’ingéniérie et de politique un problème en en créeant quinze autres vis à vis de la vie publique, de la vie privée. L’innovation dont on parle dans la ville est faite d’une myriade d’intervention qui vont tenter de résoudre de multiples petites choses, parfois avec d’autres. L’innovation ouverte pour Chesbrough, c’est l’entonnoir classique de l’innovation qu’on rend poreux car on réalise qu’il y a plus de compétence et d’intelligence à l’extérieur de soi qu’à l’intérieur. Ce qui est à l’oeuvre dans ce 2.0 va encore plus loin. Dans les visions de l’innovation ouverte, l’entreprise reste encore en contrôle : elle sait ce qu’elle ouvre. Mais dans le 2.0, on ouvre encore plus ! On ouvre des interfaces de programmation, mais que vont en faire les gens ? On encourage des détournements Dans le 2.0 tout le monde est invité à produire, à détourner, à recréer jusqu’à créer de nouvelles potentialités comme des problématiques nouvelles.



Toutes ces démarches d’innovation ouverte existent déjà dans la ville. Comme l’outil pour mobile pour consulter velib, construit à partir d’un piratage, certes amical, mais un piratage tout de même. Ce petit ajout numérique, changeait la nature du mode de transport : car il permettait d’être efficace même quand on a des horaires à respecter. Autre exemple, le nuage vert à Helsinski, d’un nuage qui s’élargit selon les efforts d’économie d’énergie des habitants : une démarche artistique coproduite par les
comportements des citadins. Et ces démarches sont à l’oeuvre en ville. Cela produit des services complètement nouveaux. Cela change la nature de la proximité, au moins dans l’intention et parfois des gens s’en saisissent. Cela change l’orientation car on déploie la ville autour de soit. On a aussi des services coproduits par les utilisateurs qui changent la nature du guidage.
 
On constate que les villes ont besoin d’innover dans une période où c’est plus dur qu’avant et d’innover différemment. Tous les endroits ne nécessitent pas de grands équipements. Mais comment peut-on reconnaître une ville ouverte à ce type de développement là. L’une des clefs est le partage d’information, d’applications et d’infrastructures. Aujourd’hui, chacun met en place ses capteurs, ses puces pour ses besoins propres plutôt que de les fédérer. Les penser comme des infrastructures ouvertes sous conditions (des conditions difficile à mettre en place) on va certainement créer des conditions d’innovation nouvelles. L’espace peut prendre des fonctions différentes à des moments différents. Pour que ces énergies se déploient, on a besoin d’alliances. On a besoin de créer la ville 2 +1. La ville des grands acteurs ne va pas disparaître demain d’autant qu’ils créent des expériences
communes essentielles. Comment cette ville permet aux petits acteurs de passer à l’échelle ? Comment les acteurs publics utilisent les citoyens pour mettre des informations publiques à disposition, comme Show us a better way ou Apps for Democracy ? Nous sommes face à un gisement de croissance, à un potentiel inexploité : soyons proactif dans le partage d’information ! On voit bien comment les territoires ont encore à apprendre, mais il y a un enjeu de concurrence qui sera certainement à terme décisif.

Jean-Yves Chapuis, élu de la communauté urbaine de Rennes : on voit venir cette nouvelle ville. Il faut faire un détour par l’évolution des modes de vie pour mieux agir sur la ville. Le temps à soi a augmenté depuis un siècle. On est de plus en plus dans l’individualisation de la demande comme de l’offre. On voit bien que de plus en plus de services se créent qui ne sont pas des équipements. On ne pourra pas, en tant qu’élus, rester sur la défensive. Mais le débat n’est pas demander aux gens ce qu’ils
veulent. Les TIC doivent aider aux débats du citoyen, parler de mixité sociale et pas seulement de parc et d’espaces verts. Cela n’empêchera pas de poser la question sur quelle ville veut-on ? Il faut réfléchir à donner des services de proximités. On retrouvera certainement les équipements après les services. Aujourd’hui, on achète une voiture neuve à 55 ans en moyenne. Quels services veut-on ? Les imaginaires urbains changent. Il faut pouvoir travailler, co-produire. Mais c’est difficile. Si on veut que les citoyens coproduisent avec les professionnels, il faut avoir du temps. Peut-être demain ne travaillerons plus que 3 jours et nous donnerons un jour à la vie publique et un autre à la vie sociale. Les nouvelles technologies vont nous forcer à être plus exigeants avec ce que l’on exige des gens. La coproduction c’est accepter aussi de faire des compromis. Demain, il va nous falloir être citoyens et pas seulement habitants.

Henri Verdier, président du pole de compétitivité Cap Digital, a rassemblé une grande diversité d’acteurs et notamment de PME. Comment on construit des écosystèmes qui fonctionnent ? Je lisais le traité de l’efficacité. Chez nous on pense qu’être efficace c’est imposer sa marque au réel, alors qu’en Chine c’est repérer des succès très tôt pour leurs permettre de pousser plus vite. Dans le cas précis du numérique, on est contraint d’aller vers les apports participatifs, non pas par effet de mode, mais parce qu’il y a des transformations radicales et brutales. L’innovation en strates des structures numériques nécessitent des lieux de bouillonnement, de partage, d’échange pour être plus performant. Et d’évoquer Futur en Seine, un festival qui aura pour but de projeter les parisiens dans 5 ans avec l’aide des entreprises et des associations innovantes, avec par exemple, des jumelles pour
regarder Paris depuis la Tour Eiffel, permettant de remonter dans le temps ou d’avoir des informations sur les monuments.

Catherine Fieschi, directrice du Counterpoint, think tank du British Council et ex-directrice du think tank britannique, Demos. La coproduction au quotidien des services publics. L’extrême individualisation dont nous sommes témoins suscite des craintes. A Demos, nous voulions comprendre, maitriser et tirer parti de cette individualisation pour développer le bien être collectif. A Demos, nous nous sommes penchés sur l’inefficacité des services publics en partie liée à la diversification de la demande et liée
à l’incapacité de ces services à y répondre. Quand les citoyens entrent en contact avec un service public, c’est un moyen de participation à ce service dont nous voulions tirer parti pour créer de l’innovation sociale. Nous avons mené avec InControl par exemple une expérience de coproduction de budgets individuels pour l’aide sociale. Le plus important dans l’expérimentation ce n’est pas les économies que cela a généré (8%), mais surtout l’innovation que cela a généré : développement de covoiturage via le web, développement de cartographie Google, etc. La ville 2.0, c’est la ville 2 + 1 : des supports traditionnels donnent lieu à l’utilisation de supports moins traditionnels. Le partenariat entre pourvoyeurs d’infrastructures et usagers (donne l’exemple d’un réseau britannique de partage d’information sur l’expérience des réseaux de santé et notamment avec les services, car les
hôpitaux sont venus se renseigner sur leurs performances et ont ensuite amendé leurs pratiques).

Nous allons avoir 160 villes de plus d’un million d’habitant dans les pays riches et nous allons passer à 540 dans les pays en voie de développement. Il faudra bien demain, en nous posant la question des villes, se poser la question du défi qu’il reste à relever

Daniel Kaplan : on ne cesse de parler de médiation, de services qui produisent des médiations. C’est peut-être une des leçons du 2.0 : malgré la mise en réseau direct, les médiations sont encore là, toujours là, peut-être même plus vives qu’avant.









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