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Dimanche 1 Août 2010

Ma ville à Moi

Compte rendu de l'atelier du 30 mars 2007, par Bruno Marzloff et Luc Gwiazdzinski. Avec les interventions de Nelly Bussac (Ecole spéciale d'architecture), Evelyne Reeves, Ville de Rennes, Bérenger Chapillon, Benoit Jeune, Nicolas Zdebski, Daisy Canevet, Bruno Colacicco, Institut Français d'Urbanisme, Christophe Rebours, In Process.



Synthèse des pistes et des apports de l’atelier

Ma ville à Moi
Les interventions de l'atelier "Ma Ville à Moi" confirment qu'à l'origine de toute initiative ou expérience innovante dans la ville, il y a la volonté de répondre à une problématique sociale de la vie quotidienne de ses usagers. Ainsi, le projet TicTac du Bureau des Temps de Rennes s'est amorcé dans le constat de la différenciation du temps de femmes et de leurs multiactivités. Une des analyses qui sous-tend le projet d'urbanisme sur Hong Kong tient au clivage des pratiques "interne-externe" des résidents qui n'ont pas de lieux personnels pour déployer leurs sociabilités. Le projet BlueEyes renvoie à la difficile navigation urbaine des aveugles, etc. Les projets technologiques des villes 2.0 sont d'abord poussés par une nouvelle norme sociale au sein d'une complexité croissante. Pour y parvenir, il est devenu nécessaire d'impliquer l'usager, de reconnaître ses demandes, de lui prodiguer des ressources de maîtrise au niveau individuel ; quitte pour cela à collaborer avec lui.
 
Au fil des échanges, trois axes innovants se dessinent dans "Ma Ville à Moi" :

La dimension cognitive de l'individu, les ressources appropriées à "l'intime" et le développement des autonomies. Cela s'entend dans une démarche de facilitation des parcours quotidiens, de l'appropriation des espaces publics et des nouvelles urbanités. Un consensus se fait autour des ressources de visibilité, de repérage et de navigation aisée par un partage des représentations et des informations afférentes (grille d'horaires, des cartographies ad hoc… par exemple).

•Ensuite la maîtrise des temporalités, avec tous les moyens d'harmoniser les temps, de les synchroniser, de cohabiter dans les rythmes, d'étaler et d'articuler les activités humaines, individuelles ou collectives. Cette dimension inclut le temps pour soi (dont les "breathing hubs" et le portail Temps de ville)

• Enfin, les hubs d'information. Une des difficultés réside dans la collecte de ces informations, avec en ligne de mire les syndication des producteurs d'information et leur coproduction par les usagers eux mêmes. L'autre difficulté procède dans les ergonomies des dispositifs d'accès aux informations et leur universalité, renvoyant entre autres à l'inadaptation des terminaux et aux fractures numériques..
 
Ces perspectives enrichiront la vision et la préparation des deux prochaines étapes du programme Villes 2.0 : "La ville durable" et "La fabrique des services urbains".


De la Ville augmentée à Ma ville à Moi

Complexités. Le méta-hub de la ville2.0, c'est la ville augmentée. Une compilation de réseaux, physiques, sociaux et numériques ; une machinerie qui fabrique de nouvelles complexités :celles des flux, des services, des mobilités, des espaces-temps et des gouvernances. Des complexités invisibles, discrètes, diffuses, tendues vers une simplification, une facilitation de la ville. Et d'autres qui résistent, exhibent leurs coutures, leurs limites, leurs frontières, cherchant encore la bonne formule, le bon mixage, leur mode d'emploi en quelque sorte.
                       
Sensibilités. La dissémination des puces dans la ville, l'omniprésences des réseaux, et la combinatoire presque infinie des objets numériques les uns avec les autres, reconfigurent l'esthétique urbaine. Dans un espace augmenté de toutes ces prothèses, le citadin accède à nouvelles perceptions de l'espace et du temps, de soi et des autres.
 
Transparences. L'archétype de la ville transparente véhiculé par "Minority Report" nous parle plus de notre présent qu'il n'annonce notre futur. Quelques questions formulées par Frédéric Kaplan  : Comment vivrait-on dans une telle société ? Comment se construirait-on une identité ? Quelles formes pourrait prendre la résistance à cette observation permanente de chacun par tous ? Se pourrait-il qu'au lieu de résister, une grande partie de la population choisisse au contraire de revendiquer la transparence, de l'instaurer comme mode de vie ?


Ma ville à moi, introduction de Bruno Marzloff, Chronos

Pourquoi chacun doit-il être aujourd'hui intelligent dans la ville ? La question s'est posée lors d'un forum Villes 2.0 "Moving in a smarter City" à Stuttgart il y a un mois avec la complicité de l'Akademie Schloss Solitude et de l'Université de Nancy. Parce que d'une part la ville est complexe, et le devient un peu plus chaque jour ; parce que d'autre part, nos territoires, nos réseaux, nos activités s'élargissent chaque jour un peu plus dans une trame où se délitent les repères collectifs ; parce qu'enfin chacun est renvoyé chaque jour à une autonomisation accrue de ses comportements. Bref, à la complexité croissante de la ville et de ses flux doit répondre une intelligence de ses usagers.
 
Qu'est-ce qui est intelligent dans la ville ? Nous avions conclu à Stuttgart que la ville intelligente ne saurait se réduire à l' "intelligence" des smartcars, des smartcards ou des smartphones. Tout cela est nécessaire pour élaborer une SmartCity, mais ne saurait suffire.  In fine, se pose une autre question sur l'intelligence : Comment se résout la contradiction entre le nécessaire "empowerment" de l'individu – c'est-à-dire son autonomie responsable – et une urbanité qui appelle un partage de la ville sous d'autres formes. Ainsi, quand on mettra 20.000 vélos publics dans les rues de Partis – soit 200.000 déplacements jour –, faudra t-il faire voisiner le vélo avec un bus et les voitures ou avec un piéton à la manière des Tokyoïtes ? En creux, cela signifie d'abord l'impossibilité de cloisonner la voie en autant de site propre qu'il ya de mode. Il ne s'agit pas seulement de partager la voie publique et de faireen sorte que tous les modes s'y expriment. Il s'agit aussi de partager les voies numériques et les foultitudes de formats qui y fleurissent – avec les mêmes exigences de civilités et d'urbanité – et il s'agit tout autant de partager l'information, le savoir et les connaissances.
 
Ma Ville à Moi n'est pas la ville autiste comme une somme d'individualités repliées sur elles-mêmes. Elle s'entend comme une collectivité confrontée à un brassage de flux physiques, numériques, de transactions, d'informations, d'échanges pour lesquels elle n'a pas été conçue, et pour lequels les réponses d'hier n'ont rien à voir avec les questions d'aujourd'hui que nous entendons soulever au sein de Villes 2.0.


Centipede made in Hong Kong, par Nelly Bussac, Ecole Spéciale d’Architecture

L'analyse sur Hong Kong confirme l'éventrement des villes par des axes lourds qui disjoignent des quartiers et disloquent la ville. Les fonctions du chemin piétonnier imaginé sont triples : remailler des quartiers qui ont fini par s'ignorer faute de liens ; redistribuer les flux dans le tempo de la déambulation (les multiples petites pattes du mille-pattes !) ; et réintroduire le temps de la pause, de l'échange, de la lenteur dans la ville à flux tendue, et donner l'occasion de vivre la ville autrement.

Voir le projet de Nelly Bussac.
 
Luc Gwiazdzinski
Une impression forte. L'exposé suscite d'abord l'angoisse : de l'urbain écrasé par la ville et transformé en souris de laboratoire, de l'urbain inclus dans une ville réduit à une fonction d'accélérateur de particules. Il rassure ensuite quand on découvre comment certains groupes s'approprient l'espace urbain et des temps particuliers et que la ville s'humanise dès que des échoppes s'opposent à la vitesse de circulation
 
Une nécessité. Il conforte quelques nécessités pour notre réflexion :
- s'organiser dans le cadre à trois dimensions auquel on ajoute encore le temps,
- s'interroger sur l'artificialisation de la ville,
- la question des mobilités piétonnes trop négligées dans l'approche urbaine.
 
Des questions à creuser. L'extrême complexité de ce système urbain, la densité extrême obligent à explorer quelques pistes et notions  essentielles :
-pour l'appropriation de la ville (ma ville à moi) par les usagers et la lutte contre les inégalités cognitives : la lisibilité de la ville, « l'imagibilité » (au sens de Kevin Lynch), l'ergonomie de la ville,
- pour l'espace public : l'espace collectif qui permet de répondre au brouillage intérieur-extérieur plus forts que les oppositions collectif-privé, l'événement, l'imprévu, la curiosité, l'alternance possible entre le je et le nous,
-pour les temps de la ville : l'éphémère dans un système de rotation rapide, la pause et le temps d'arrêt dans l'accélération, le repos dans des lieux prévus pour ça,
- pour la malléabilité urbaine et la praticité de l'espace collectif : étirement de la ville dans l'espace et dans le temps


Tic Tac, Evelyne Reeves, Bureau des temps de Rennes


Luc Gwiazdzinsk




Questions centrales pour l'appropriation de la ville
Le projet repose les questions qui agitent les chercheurs et les bureaux du temps :
- le temps de collecte de l'information horaire
- le coût de collecte et de gestion des données
- le traitement de l'information
- la souplesse et la facilité d'utilisation des systèmes pour l'usager
- la représentation cartographique de ces données
- la difficulté à assurer la pertinence de l'information (actualité) dans une ville de plus en plus souple et face à des usagers qui fonctionnent en temps réel
- l'importance de la notion de « ville à la carte » qui met en avant l'usager, le « moi »


ParkInfo, BlueEyes : retours d'expériences, par les étudiants de l'Institut Français d'Urbanisme



Luc Gwiazdzinski
Nouvelles notions.
Les différents projets présentés nous obligent à revisiter certaines notions :
- L'intelligence des mobilités(usager + véhicule + réseau +environnement)
- La lisibilité de l'offre urbaine pour les usagers

Chantiers à ouvrir

-La capacité de jongler, de naviguer
-La maîtrise de l'information qui permet de bouger mais aussi de contrôler la mobilité

Nécessité d'investir les marges

Les exposés montrent l'importance d'effectuer des zooms sur des populations qui rencontrent des difficultés à utiliser la ville et ses services, à y circuler : malvoyants, personnes âgées, personnes à mobilité réduite, etc. Les innovations serviront ensuite le plus grand nombre


De Ma Ville à Moi à La Fabrique des services urbains

Dans le sillage de Ma Ville à Moi, nous visons La Fabrique des services urbains qui se donne une mission plus opérationnelle. Bien sur, nous ne sommes pas là pour élaborer des solutions, mais pour faire toucher du doigts aux partenaires de Villes 2.0 des éléments tangibles qui s'opposent aux ambitions développées dans l'atelier. Quels sont les obstacles, les blocages, les difficultés que l'usager de la ville rencontre dans cette recherche d'autonomie que nous avons décelée. Nous proposerons une méthodologie de diagnostic. Cela n'épuisera pas le sujet, mais cela nous permettra ensemble d'élaborer au sein de l'atelier et de faire la démonstration que ces impedimenta appellent une démarche d'analyse, de réflexion et d'innovations.

Nous vous proposons de partager le travail. A vous de réaliser le diagnostic sur un sujet que vous choisirez, sur la base d'un questionnaire que nous élaborerons, sur un terrain que vous réaliserez, avec des enquêteurs que nous vous proposerons si vous le souhaitez. Enfin sur la base des retours de vos questionnaires, nous ferons une analyse que nous mettrons en débat.

Luc Gwiazdzinski
Des pistes stimulantes.
- la définition d'un « solfège de la mobilité »
- l'affirmation de la grille de lecture des hubs : « hub architectural », « hub mobile »,« hub sur soi »,  est riche, et la représentation de ces différentes échelles.




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