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ProspecTIC&Territoires : Compte-rendu de l'atelier dédié à la prospective technologique, territoriale et l'action publique (19 octobre 2006)Rappel des objectifs du séminaire
Parmi les objectifs de ce premier séminaire autour de la prospective technologique et territoriale :
Panorama de la prospective territoriale en 2006
Philippe Durance, LIPSOR
La prospective (du moins la prospective "à la française") est une discipline fondée par Gaston Berger à la fin des années 50. Ses objectifs peuvent se résumer à éclairer le présent à la lumière des futurs possibles pour l'action. Elle est à la fois une attitude, une posture vis-à-vis de l'avenir ("l'avenir se construit, il ne se subit pas") et une activité (une démarche appliquée dans un cadre donné, entreprise ou territoire). Gaston Berger avait défini cinq composantes de l'attitude prospective : voir loin (Prendre en compte tous les éclairages possibles qu'ils soient humains, géographiques, etc.) voir nsemble, voir large, prendre des risques (ou ce qui revient presque au même, faire des choix), penser à l'homme. Dans l'acception française, chaque exercice de prospective nécessite de séparer deux temps : le temps de l'exploration et celui de l'action. o Dans le premier cas, il s'agit d'envisager les futurs possibles ; on va rester dans le champ des possibilités et tâcher de répondre à la question : que peut-il advenir ? o Le deuxième temps est celui de la préparation de l'action (stratégie). Il s'agit d'établir des choix possibles pour se préparer aux changements attendus et provoquer les changements souhaités : que puis-je faire ? que vais-je faire ? comment le faire ? C'est notamment en ce sens que la prospective est dite stratégique. La prospective se définit aussi par un ensemble de méthodes et outils qui ont pour objectifs de pour sortir des sentiers battus, aller au-delà des idées reçues et dépasser les schémas mentaux qui aboutissent souvent à reproduire des choses existantes. Il convient de remarquer que tout exercice de prospective se heurte à deux écueils majeurs et assez répandus : le risque dit "du marteau" ("tout est un clou" : confondre la méthode avec le sujet, appliquer à tout problème la même approche) et le rêve du clou ("Il n'y a pas de marteau" : ignorer les précédents, les règles, les méthodes applicables). Il y a donc un équilibre constant à trouver entre ces deux extrêmes. En résumé, la prospective peut se résumer à un triptyque : la prospective est une réflexion sur le futur, destinée à fonder l'action (expression d'une volonté stratégique) par l'appropriation (motivation, mobilisation des hommes). A quoi sert la prospective territoriale ? La prospective territoriale est une prospective stratégique appliquée aux territoires dans une optique d'aménagement et de développement. Elle s'est fortement développée dans les années 70 sous l'égide de la Datar (on évoquait souvent le "Scénario de l'inacceptable4" dont se sont largement inspirées les politiques publiques d'aménagement du territoire dans les années 70s), dans une optique « centralisée ». En France, on a constaté un certain renouveau la prospective territoriale dans les années 2000, comme conséquence de la décentralisation, des nouvelles formes d'organisation et de gestion des territoires (pays, intercommunalités, etc.) et des nouvelles formes de schémas collectifs et de contractualisation (SCOT par exemple). Elle est un instrument privilégié pour aider à comprendre les dynamiques territoriales et faire ressortir les enjeux entre l'évolution souhaitable du territoire et les évolutions possibles de son environnement. C'est l'objectif principal. Elle est également un prétexte au développement d'une culture de l'anticipation et au débat collectif sur les enjeux du futur, pour stimuler du débat public. De fait, elle permet d'engager les acteurs locaux dans la définition de stratégies ambitieuses, volontaristes et proactives, susceptibles de faire converger le possible et le souhaitable. La prospective territoriale est devenue aujourd'hui aussi un moyen de débat public et de co-construction d'un avenir commun, un outil de gouvernance. Elle est aussi un moyen de favoriser la mise en lumière de données ignorées ou négligées, ainsi que la prise de recul sur des questions souvent traitées dans l'urgence. Que produit la prospective territoriale ? Elle produit principalement des représentations du futur sous la forme de scénarios (exploratoire). Parfois, elle participe à la production de schémas dont les horizons temporels peuvent être plus courts (SCoT, PLU, etc.). Elle raconte des histoires et permet d'imaginer des souhaits pour le territoire. Limites et difficultés de la prospective territoriale L'intégration des différentes composantes de l'attitude prospective constitue le principal frein à l'exercice :
Parmi les facteurs clefs de réussite des exercices de prospective territoriale : · La prise de conscience par les acteurs locaux de la nécessité du changement à partir d'une vision à long terme · Une volonté politique forte : acceptation d'ouvrir et de partager le pouvoir · Une forte implication de l'État et de ses services déconcentrés (Préfecture, DRE, …) o articulation avec les collectivités territoriales initiatrices o relais dans la diffusion des expériences, de partage de l'information et des connaissances, de renforcement des fonctions d'observation · Associer le plus largement possible les acteurs locaux : participation, implication, appropriation · Considérer que le projet de territoire est un début et non une fin… La prospective territoriale selon l'agence d'urbanisme
Louis-Laurent Dupont, AGAM
En guise d'illustration des propos de Philippe Durance, Louis Laurent Dupont, chargé des études à l'AGAM5, prend appui sur deux exemples : la réflexion du territoire autour du Havre (cf encadré) et la démarche menée par l'agglomération Marseillaise, qui débute à peine. Il existe, au niveau des agences d'urbanismes, d'autres types d'approche de prospective territoriale/planification de l'espace, moins systémique, appliquée à des objets particuliers comme les transports. Certains aspects de l'exercice de planification spatiale restent à approfondir : · le lien entre prospective territoriale et déclinaison spatiale : on manque d'options un peu fines d'aménagement · la prospective des moyens (a-t-on les moyens de sa stratégie? Comment fait-on avec peu de moyens?) · la prospective technologique reste une vraie question ; on formule des hypothèses, mais cela reste assez vague La démarche de prospective de l'agglomération marseillaise L'agglomération marseillaise s'inscrit dans une grande métropole rassemblant Aix, Aubagne, Arles, ou encore Berre, d'où des questions phares de gouvernance qui se sont posées également au Havre lors la constitution du dernier SCOT. La communauté marseillaise (Marseille Provence Métropole) est confrontée à de fortes tensions, qui appellent des choix et ensuite, leur traduction opérationnelle sois la forme d'une politique d'aménagement. Parmi les caractères contextuels de l'agglomération : un territoire assez enclavé, une population plutôt pauvre, l'existence de l'opération Euromed visant notamment à développer des activités de service donc en rupture avec un milieu industriel portuaire. .. La démarche marseillaise reprend un peu les mêmes principes que celle qui s'est appliquée au Havre, mais avec une approche moins englobante et systémique. On y retrouvera des cycles de séminaires où la présence d'élus et de la société civile est prévue, ainsi qu'un travail de benchmark. Cette démarche commence actuellement, en octobre 2006. Les aspects technologiques y seront sans doute plus présents qu'au Havre, notamment sous l'impulsion des pôles de compétitivité. Le territoire et l'action publique face aux nouvelles tendances
Daniel Kaplan, FING
La FING a produit en 2005 un premier document librement téléchargeable destiné à "vulgariser" la prospective technologique TIC à 5-10 ans, à destination des décideurs publics et privés : ProspecTIC. Il en ressort 6 principaux facteurs majeurs d'influence des TIC sur l'avenir des territoires : 1- L'omniprésence et la continuité des réseaux 2- L'adjonction de puces à toute sorte d'objets et l'enrichissement de leurs interactions avec leur environnement 3- L'infrastructure informationnelle et l'évolution du "web sémantique" 4- Une tendance à l'incertitude autour de la sécurité dans les TIC et les réseaux 5- L'insertion des TIC dans les pratiques économiques et sociales 6- La relation de la société au progrès technologique* 1- Omniprésence et continuité des réseaux La tendance majeure est celle de l'omniprésence, de la continuité et de l'interchangeabilité des réseaux : il y a du réseau (filaire et/ou sans-fil, chaque forme s'appuyant sur plusieurs technologies à la fois) partout, tout le temps, en toutes circonstances. Les communications circulent sans encombre de l'un à l'autre ; la mobilité n'interrompt pas les échanges et limite de moins en moins la qualité et le débit de ce qui peut être échangé. Ces réseaux sont de plus en plus banalisés, au sens où ils véhiculent indifféremment toutes sortes de contenus. De fait, les distinctions auxquelles nous sommes habitués (réseau fixe/mobile, réseaux de données/de téléphonie/de diffusion audiovisuelle) ont de moins en moins cours. Pour les personnes comme pour les objets, la connexion devient la situation normale, la déconnexion l'exception. Cependant, la qualité et le débit des réseaux continuent de s'améliorer de manière continue et ces améliorations n'atteignent pas du tout au même rythme les zones denses et solvables, et les zones rurales ou socialement défavorisées. 2- L' "internet des objets" Le concept d'"Intelligence Ambiante" telle que la définit la Commission Européenne repose sur trois changements majeurs : l'adjonction de puces à toute sorte d'objets, l'enrichissement de leurs interactions avec leur environnement et leur capacité de communiquer entre elles, voire de collaborer à plusieurs, jusqu'à constituer ensemble de véritables réseaux pour accomplir ensemble certaines tâches. Les mondes physique et numérique s'entremêlent. Tout objet, tout lieu, tout individu dispose d'une "extension numérique" et des moyens d'interagir avec les autres, localement ou à distance. Aux interfaces numériques traditionnelles s'ajoutent, d'une part, des interfaces "tangibles", physiques et d'autre part, des systèmes de "réalité augmentée" qui enrichissent la perception physique d'informations numériques. 3- Infrastructure informationnelle et "web sémantique" Les systèmes d'information traditionnels, ainsi que les systèmes d'"intelligence ambiante", produisent une masse sans précédent de données d'origines et de natures différentes, potentiellement exploitables par des acteurs publics et privés. Ces données sont de plus en plus riches et organisées de manière à pouvoir être comprises par d'autres systèmes que ceux par lesquels elles ont été produites. Le "web sémantique" et les technologies mobiles, entre autres, permettent d'imaginer des manières entièrement nouvelles de délivrer des services (publics ou privés) aux citoyens et consommateurs : nouveaux services composites, nouveaux intermédiaires, nouveaux points de distribution, nouvelles formes de proximité, services à domicile ou en mobilité, décloisonnement... avec, potentiellement, un impact considérable sur la localisation des services, sur les acteurs du service et les modèles économiques, ainsi que sur les lieux et les moments auxquels les individus y ont recours. 4- Sécurité dans les TIC et les réseaux Le développement des TIC et des réseaux s'accompagne d'une forte tension autour de la sécurité : · D'un côté, l'interconnexion généralisée et permanente, et le recours croissant aux TIC dans toutes les activités, accroît structurellement l'exposition aux risques informatiques des organisations comme des individus. Ces risques deviennent physiques avec le lien croissant entre la sphère numérique et la sphère physique. · De l'autre, les TIC sont de plus en plus fortement mobilisées à des fins sécuritaires, qu'il s'agisse de répondre aux menaces ci-dessus ou de sécuriser les personnes et les biens, de défendre l'ordre public, etc. Ces deux tendances contribuent toutes deux à faire émerger un débat autour de la protection de la vie privée, de la liberté d'agir, d'aller et venir ou encore d'innover, dont il est difficile de savoir à ce stade à quel point d'équilibre il mènera. 5- Insertion des TIC dans les pratiques économiques et sociales La société, en France comme ailleurs, s'est approprié les TIC à un rythme extrêmement rapide. Les TIC se banalisent dans la vie professionnelle comme dans la vie privée ou les relations sociales. On peut a minima prévoir que : · L'arrivée à maturité de générations nées avec le numérique fera de ces technologies des outils normaux et quotidiens, plutôt qu'un sujet d'interrogations générales ; les débats sur les TIC se spécialiseront par secteur, par usage, etc. · Néanmoins, la poursuite d'un mouvement rapide d'innovation reproduira sous d'autres formes des fractures, des écarts générationnels, des transformations dans les pratiques sociales et les circuits économiques ; · Une part importante, voire (comme aujourd'hui) dominante de l''innovation dans les services et les usages proviendra, non pas des grands acteurs du secteur, mais des utilisateurs eux-mêmes ainsi que de toutes petites entreprises ; · L'appropriation sociale des TIC continuera de s'organiser avant tout autour de l'échange et des relations sociales, avec une reconfiguration constante des canaux de communication, des réseaux relationnels, des formes et des modes d'expression... ; · La tension autour de la propriété intellectuelle ne s'apaisera pas. 6- Relation de la société au progrès technologique A mesure que les technologies numériques deviennent omniprésentes et "descendent" dans les objets, les espaces et les corps, on peut s'attendre à voir émerger des risques nouveaux et un débat public sur l'éthique de l'innovation, la protection des libertés et des individualités, voire l'application du principe de précaution à l'innovation numérique. Le tour que prendra ce débat peut avoir des conséquences importantes dans plusieurs domaines tels que le degré de développement des technologies de surveillance, le contrôle de l'immigration, les investissements en R&D et leur localisation dans des régions du monde plus ou moins sensibilisées aux enjeux éthiques.
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