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TIC et Recherche Urbaine, compte-rendu, nouvelles attentes, nouvelles perspectives (23 mai 2007)Recherche urbaine et TIC: nouvelles pistes, nouvelles approches.
Yoriko Inada, ENST Yoriko Inada, avec Christian Licoppe de l'ENST étudie un jeu géolocalisé Japonnais, multijoueurs, sur téléphone mobile équipé d'un GPS. L'idée est d'utiliser une approche sociologique afin d'étudier les usages émergents nés de l'utilisation de ce jeu. Le jeu appelé Mogi et créé par un designer Français, est commercialisé au Japon depuis 2003. Il s'agit de se déplacer dans l'espace physique et de capturer des objets virtuels. Les joueurs voient les objets sur le téléphone et les capturent par un clic. Les objets virtuels sont placés dans un espace augmenté lié à un espace physique. Chaque item a des points, et les joueurs sont classés en fonction des objets capturés. Enfin, les joueurs peuvent faire des échanges entre eux afin de compléter les collections. Ce n'est pas une expérimentation, c'est un jeu commercial. Il y a autant d'hommes que de femmes qui y jouent. Les joueurs peuvent échanger des messages sous formes de SMS. Il y a deux types de joueurs, des joueurs qui s'intéressent à la chasse des items, et d'autres joueurs qui participent à ce jeu afin de rencontrer d'autres joueurs. Le jeu se présente sous la forme d'une interface radar, sur un carré de 16km². On y voit les items et les joueurs. Lorsque le joueur s'approche d'un item à moins de 300m il capture l'objet en cliquant. On peut aussi discuter avec les autres joueurs, voir leur profil ainsi que leurs items, on peut enfin proposer un échange d'items avec les autres joueurs. Dans cette étude, on se rend compte que 95% des messages échangés sont de types privés. Les utilisateurs peuvent définir de faux profils et adopter de nouvelles identités. Grâce au GPS les joueurs peuvent suivre les autres joueurs et savoir où ils se trouvent dans l'espace urbain. Un joueur se déplace dans une ville en cherchant un item, et peut se faire aider d'autres joueurs qui ont aussi accès au jeu via leur ordinateur mais dont la résolution de l'espace de jeu est plus important. La chasse de l'item peut se faire à deux, la personne chez elle peut donner des indications aux joueurs sur le terrain. Dans ce cas, l'objet est remporté par les deux joueurs. Les items sont très différents, et peuvent se transformer au fil du temps et des lieux. L'espace et les modalité du jeu, ressemble à une société primitive de chasseurs cueilleurs. L'étude de ce jeu se déroule à travers plusieurs axes de recherches :
Nicolas Nova, EPFL Nicolas Nova (présentation en PDF) est un chercheur atypique travaillant au Media and Design Lab (EPFL). Diplômé en biologie et en sciences cognitives, il est titulaire d'une thèse en interaction homme-machine sur les implications socio-cognitives des technologies de localisation dans le cadre de travail coopératif assisté par ordinateur réalisée à l'Ecole Polytechnique Fédérale de Lausanne. La première partie de son intervention a constitué en la présentation d'axes de recherche actuels dans le domaine des technologies urbaines: Les média localisés qui permettent d'obtenir des informations, des messages liés à des lieux, à l'historique des lieux grâce à des systèmes d'informations numériques dotés de coordonnées géographiques permettant aux mondes physique et numérique de s’interpénétrer à leurs points de convergence. (Voir à ce sujet le dossier réalisé par InternetActu) La visualisation des usages, qui, à travers les traces laissées par les activités d'utilisateurs d'outils technologiques donne de nouvelles formes de représentations. Celles-ci permettent de rendre explicite des phénomènes invisibles ou implicites, tels que la pollution urbaine ou encore les photos prises par des touristes dans l'espace urbain. Par exemple, un projet de l'université de San Diego porté par Beatriz Da Costa, à la croisée de la recherche du design et de l'art, se propose d'utiliser des « pigeons bloggeurs » équipés de détecteurs de pollution géolocalisables donnant une représentation cartographique d'un phénomène « invisible » dans la ville de San José. Les chercheurs du Media and Design Lab travaillent également sur la double incidence provoquée par l'utilisation de technologies mobiles géolocalisées dans l'espace virtuel et l'espace physique, ou comment, des interactions dans un espace virtuel impactent et structurent les comportements dans l'espace physique et inversement. Egalement intéressant, des architectes tels que Simon Schleicher (MIT Medialab) conçoivent des architectures en fonction des limites intrinsèques de certaines technologies comme le GPS, qui nécessite un espace « ouvert » afin de fonctionner pleinement. Afin d'illustrer plus en détail les implications de ces axes de recherche, Nicolas Nova a ensuite décrit un de ses projets passé: le projet CatchBob qui visait à étudier les usages liés à la géolocalisation individuelle et de groupe à travers l'utilisation d'un jeu multi-joueurs pervasif mobile. Ce jeu, développé par le laboratoire CRAFT (EPFL) et testé sur son campus, a pour but de retrouver un objet caché dans une logique de chasse au trésor. Par le biais d'un TabletPC, les joueurs disposent d'information sur la localisation de l'objet à capturer et peuvent communiquer entre eux afin d'adopter des stratégies de groupe. L'étude des usages de ce jeu permet de questionner les implications sociales, cognitives et de stratégie spatiale des joueurs dans un environnement « augmenté ». Il participe à une reflexion plus globale sur ce que pourrait être, dans un futur proche et en terme de scénarios de prospective, les « comportements » de personnes équipées de device donnant accès à différentes informations géolocalisées. Plusieurs enseignements peuvent être tirés de son travail: Lorsque l'on donne automatiquement l'information aux participants sur la position des autres joueurs, on observe une certaine inhibition des comportements, les joueurs discutent moins, élaborent peu de stratégies et explorent moins l'espace. Lors des débriefings, les joueurs ayant reçu automatiquement l'information sur leur position et la position des autres participants ont plus de difficultés à se rappeler des itinéraires de leurs partenaires sur une carte à main levée, alors que ceux ayant du composer sans cette information automatique retiennent mieux leurs parcours. De plus, les participants n'ayant pas reçu d'information « push » sur leur localisation définissent de meilleures stratégies, s'échangent plus d'informations, et recomposent plus efficacement les stratégies spatiales à mettre en oeuvre. Il y a chez ceux-ci une forte valorisation des interactions entre les participants. Par ailleurs, la véracité des informations de géolocalisation fournies est questionnée par les joueurs. La nature des technologies mobiles et ubiquitaires les rend facilement sujettes aux pannes ou dérèglements (précision de la géolocalisation, problèmes réseaux...), les utilisateurs mettent cependant en place une certaine « flexibilité » face aux informations fournies. C'est un des points intéressants levés dans le cadre d'une utilisation « grandeur nature ». Les interactions mobiles théoriques étudiées au sein de laboratoires se déroulent toujours très bien. Dans des tests en grandeur nature, le processus se déroulent avec certains accrocs, dans certains cas, le GPS ne capte pas, les « devices » subissent des pannes, etc. néanmoins, les joueurs s'en accommodent et questionnent les informations divulguées par le système. Du coup, les expériences étant de temps en temps interrompues par des problèmes techniques, la posture du chercheur en est modifiée, il n'est plus qu'un observateur, mais adopte des logiques d'interventions et d'interactions avec les utilisateurs. Cette participation à l'activité modifie les méthodologies et techniques d'analyses de données mises en place. Enfin, pour conclure, Nicolas Nova insiste sur plusieurs points. Les technologies urbaines et mobiles ne peuvent être étudiées que de manière située dans un contexte particulier, fruit du particularisme du lieu et de sa nature, pour en comprendre la relation avec l'environnement physique. D'où la notion actuelle d' "expérience sur le terrain" ou de "mise en situation" qui nécessite des changements méthodologiques et conceptuels. C'est un point sur lequel rebondit Alain d'Iribarne, les expérimentations doivent « sortir » des laboratoires et être étudiées en « grandeur nature », elles ne doivent pas rester des artefacts théoriques, dans le paysage réel elles donnent lieu à l'observation de comportements de compensation. Néanmoins, l'implication des chercheurs dans le processus d'observation pose le problème des compétences, les formations universitaires n'arment pas toujours assez efficacement face à ce type de situations. Placées dans un contexte complexe, les résultats d'expériences de technologies mobiles en espace urbain permettent de critiquer les visions normatives des scénarios d'anticipation classiques. Par exemple le film « Minority Report » est un artifact culturel qui crée des représentations par rapport aux interfaces gestuelles et mobiles. Nicolas Nova souligne que les résultats de recherche bien souvent questionnent ces représentations des futurs possibles, qui ne se passeront pas forcément comme prévu. Le rôle du chercheur est du coup de participer à l'élaboration de prototypes, de services et de les expérimenter dans un environnement réel hors des laboratoires afin de critiquer les visions normatives et prospectives pour en donner une alternative. Cyril Burget, RATP Cyril Burget, est aujourd'hui docteur en sociologie. Sa thèse a été réalisée dans une entreprise, dans le cadre d'une convention CIFRE (Conventions Industrielles de Formation par la Recherche) signé entre le doctorant, l'entreprise et le laboratoire. Le contrat CIFRE est un CDD de trois ans dans lequel l'entreprise s'engage à définir avec le doctorant, un axe de travail, avec dans le même temps un axe de recherche. Le laboratoire encadre le doctorant et la partie opérationnelle organisée par l'entreprise doit avoir un lien avec l'axe de recherche du doctorant. Quelles sont les conditions pour un chercheur en contrat CIFRE? Il dispose d'une rémunération, et dans le même temps, il découvre le milieu de l'entreprise et ses compétences métiers. Il y a aussi des inconvénients, il est difficile d'associer cette double casquette, qui plus est, avec les questions de neutralité. Comment trouver sa place dans l'entreprise? Comment prendre de la distance avec l'entreprise dans laquelle on travaille? C'est assez difficile de passer entre la « schizophrénie » et le « caméléon », il faut toujours être dans une sorte « d'engagement et distanciation ». L'entreprise donne ses données et elle facilite les rencontres. Ce genre de contrat nourrit la transversalité. L'étude de Cyril Burget s'intéresse à la gestion des flux d'information dans un espace semi public, et des usages pratiqués sur des téléphones mobiles. Pour le doctorant, les multiples rencontres de personnes travaillant dans les différents services sont très formatrices Il faut faire avec la multiplicité des cultures entre services. Cependant, ce n'est pas le même vocabulaire entre le milieu de l'entreprise et de l'université. Il faut presque justifier une certaine intégrité, « l'aller retour » est difficile. Questions : Le travail de Cyril Burget se base sur une démarche éthno-participative, qui n'est pas très commune en France. Il y a une certaine originalité dans la démarche, les protocoles utilisés sont un mélange des genres. Le contrat CIFRE l'a permis. Le travail a constitué à étudier deux axes. Les usages faits des téléphones mobiles dans l'espace du métro et la gestion de l'espace car, le métro a été construit par des ingénieurs, basés sur des théories hygiéniques dans lesquelles, la culture du flux est importante. Avec l'intégration des outils TIC, il y a un changement de paradigme, on passe du transport à la mobilité. On n'est plus dans un déplacement d'un point A à B, mais en mobilité on se déplace de manière cognitive, mentale et virtuelle, on peut interroger des outils et des bases de données et anticiper son chemin. Les comportements déambulatoires vont être très différents lorsque les usagers utilisent des téléphones mobiles. L'équipement TIC redonne une sorte d'hospitalité, dans l'accueil que la RATP donne à ses usagers clients. Le lieu a un effet important sur les comportements. Isabelle Grosse Isabelle grosse est une artiste dont le travail repose sur un dispositif polymorphe, créé lors d'un workshop, mais qui aujourd'hui s'inscrit dans l'espace public. Ce dispositif lève plusieurs questions: Comment les gens se rencontrent ou non dans l'espace de manière collective? Comment occupe-t-on l'espace et comment le structure-t-on?. Isabelle Grosse s'intéresse aux flux de personnes mais aussi aux flux urbains, comment les objets s'organisent-ils?. Le dispositif urbain UPSTREAM a été développé pour la Nuit Blanche 2005. Il est composé de capteurs qui absorbent des flux, et fait transiter des personnes sur la place de l'Hôtel de ville de Paris. Il fallait que les gens puissent regarder et jouer. L'idée est de « courir » après les participants avec une caméra. Deux équipes jouent en même temps sur une marelle lumineuse qui correspond au joueurs. Le but et d'effacer le plus de rectangles. L'objectif, non expliqué aux participants, était de révéler des plaques sur un écran en y restant positionné. En partenariat avec Dana Diminescu, Directrice scientifique « Groupe d’études sur l’usage des TIC dans les migrations » et chercheuse à l'ENST, et à l'occasion du sommet de la Francophonie, une nouvelle banque son a été créée, avec la création d'une banque de mots et d'onomatopées prononcés par des cultures différentes. Intitulé pour cette occasion « Bougez les mots », UPSTREAM met en cause la mobilité et le parler, le dire et le bouger, et opère un tissage multiculturel de sonorités et de rythmes et constitue une expérimentation de la future « ville augmentée ». A chaque fois qu’un joueur efface un rectangle il déclenche une parole, une courte expression un mot, une onomatopée ou un son exprimé en langue française préalablement enregistrés pour cette installation auprès de locuteurs francophones du monde entier. En parcourant le tapis numérique, les joueurs créent ainsi dans l’instant une partition vocale francophone, totalement renouvelée à chaque partie et qui fait écho au rythme des images. Les images elles aussi, proviennent de zones géographiques de pays francophones. Cette collaboration artistique et scientifique a permis aux chercheurs sur place lors de l'événement d'utiliser ce dispositif afin de questionner la « ville augmentée ». Plusieurs axes de recherche ont été développés : Quelles appropriations possibles par le public? Les gens ont joué par équipe et la logique de match à très bien fonctionné. Les joueurs oublient très vite qu'ils étaient observés. Comment les joueurs dans un espace semi-ouvert, accomplissent les frontières? Quels sont les formats de co-présence? Comment la fonction guidage permet de tisser des liens entre les individus? Comment les corps se présentent dans un espace de surexposition? Cette première collaboration entre Isabelle Grosse et une équipe de chercheur a permis de tirer plusieurs leçons. Aujourd'hui, le dispositif est trop riche, pour en faire un outil de recherche, il faut l'épurer. Le prochain dispositif le « Tracking Labs » permettra de suivre en temps réel des joueurs afin d'observer et analyser les comportements. L'idée est de mettre ce dispositif à disposition de personnes qui travaillent sur la mobilité. sur l'analyse des corps et de la mise en scène de soi. Cet outil sera plus performant afin d'expérimenter la « ville augmentée ». Pour Alain d'Iribarne, cet outil peut-être très utile pour questionner la « ville augmentée », néanmoins, il faut pouvoir constituer des équipes en amont afin de mieux les qualifier. L'apport de ce type de dispositif peut-être très intéressant avec des enfants, car on peut observer des logiques de leadership, des rapports de constructions sociales et d'individuel collectif, la construction de l'espace de façon collective. Ce dispositif peut avoir un réel apport. Les nouvelles attentes des entreprises et des territoires
Catherine Gorgeon, La Poste
Dans son intervention, Catherine Gorgeon exprime les évolutions de la demande en matière de recherche du groupe La Poste. Trois grands mouvements se dessinent : En terme de posture: on se dirige d'une recherche compréhensive à une recherche prospective. - Nous rentrons dans l'économie de la connaissance, et dans une richesse de l'information, le groupe La Poste se nourrit d'information scientifiques. L'environnement est de plus en plus concurrentiel ce qui entraîne de nouvelles exigences vis à vis de la recherche, des attentes plus fines. - La recherche doit intégrer la contrainte économique, ce n'est plus un sujet tabou chez les chercheurs, il y a une exigence de rentabilité. - La recherche doit permettre d'anticiper les marchés et les nouveaux usages de l'entreprise. - On demande à la recherche d'être dans un attitude de veille permanente, de repérer des signaux faibles et dans le même temps, de confirmer ou infirmer des intuitions, afin de pouvoir aider en terme de développement de produits ou de services. L'entreprise peut avoir des attitudes ambiguës vis à vis de la recherche, elle aimerait que la recherche confirme des intuitions mais elle est assez peu à l'écoute des chercheurs en ayant parfois des vision un peu normative. Il faut que la recherche apporte des contrepoints. Certaines personnes dans l'entreprise sont un peu frileuses, et voudraient avoir des réponses de la recherche avant que les études soient menées. - Le positionnement de la recherche : elle est de plus en plus intégrée dans le processus, dans le développement de produits, mais aussi dans la stratégie et l'évaluation de projets internes de l'entreprise. En terme de méthodes : une palette élargie de disciplines et de methodologies - « Abandon » de certaines disciplines pour d'autres. La sociologie des organisations et du travail, sont délaissées pour des études sur les usages. On passe des représentations aux pratiques du discours au factuel. - Des livrables plus communicables, plus opérationnels, des rapports plus cours, note de synthèse, avec des visuels utilisables en interne. Recherche à travers la video, les images, etc. En terme de résultats on va vers une recherche résolument tournée vers l'action. - Pour une meilleure légitimité interne, en vue d'avoir des arguments pour légitimer l'action. Une fois les résultats publiés, la question de « comment s'en servir en interne » se pose. On demande à la recherche de mettre en oeuvre, et d'accompagner la mise en oeuvre. Ce sont des demandes de plus en plus fortes. Dans les gros projets la Poste fait appel à la recherche pour accompagner. Comment mettre en place un dispositif capable de faire des retours et de vérifier les choix ? Dominique Laousse, RATP La Ratp a, à partir de 1983 intégrée les SHS dans l'entreprise car la technique ne pouvait résoudre tous les problèmes. Aujourd'hui, le département prospective s'est transformé en « développement innovant » car la logique produit est devenue très importante et la compétitivité vient de l'innovation. On se donne le droit de penser à des choses très en amont. Le département n'est pas dans une logique de R&D mais de RID (Recherche, l'Innovation et Développement). La différence, c'est que la R&D est assez linaire il y a un concept que l'on essaye de développer dans une logique assez classique. Dans la RID, il faut un dispositif qui permette de traduire les avancées de la recherche « en produire ». C'est le passage de la science à la technoscience. Dans les domaines du transport urbain, il n'y a pas eu de très grande théorie récente. Les technologies sont de moins en moins neutres, elle modifient elles mêmes les usages. Sans être déterministe, ce sont souvent les utilisateurs qui s'en saisissent. Nous ne sommes plus dans une relation de passation de commande à la recherche, mais une relation de partenariat. On travaille dans une logique complètement intégré. Le travail de présentation et d'opérationnalité, est fait en collaboration avec les chercheurs. La RATP recherche de nouveaux acteurs qui ont des motivations à innover dans des nouveaux paradigmes, par exemple on se rend compte aujourd'hui que le tout voiture n'est plus pertinent. La RID a amené la RATP à définir une méthode. Basée sur la méthode Hatchuel. de CK concept knowledge (Voir à ce sujet les publications en ligne de A. Hatchuel http://www.cgs.ensmp.fr/publications/sitearticleconception1/1tck.htm) A partir des travaux de Hatchuel, la RATP a mis en place des ateliers de « Conception innovante ». La théorie de la conception mise au point au CGS (Armand Hatchuel, Benoît Weil, 2001) distingue un espace des concepts (C) et un espace des connaissances (K), et permet de modéliser la progression du raisonnement de conception dans chacun de ces espaces et la manière dont cette progression s'appuie sur des passages d'un espace à l'autre. En particulier, elle permet de repérer les moments-clés qui initient la partie innovante du raisonnement. À partir de cette modélisation, ont été mis au point et testés des ateliers de conception, d'abord sous forme pédagogique, puis avec des entreprises partenaires. Dans ces ateliers, trois démarches se succèdent: organiser la mutualisation des connaissances disponibles (phase K), éclairer l'inconnu à partir de «projecteurs conceptuels» soigneusement élaborés (phase C), faire des propositions d'action (phase P). Cette démarche n'est pas intuitive: il faut pouvoir explorer des espaces de connaissances sans lien immédiat avec des projets, en maintenant l'équilibre sur une voie étroite entre les écueils respectifs de la créativité débridée d'un côté, et ceux des régimes habituels des avant-projets ou des études de faisabilité, de l'autre. Les ateliers constituent, en outre, une innovation en matière d'organisation de la créativité collective car ils combinent acquisition d'expertises, apprentissages mutuels, et génération conceptuelle. Les groupes sont notamment composés de manière à respecter un certain équilibre entre différents métiers et positions dans l'entreprise. Les trois étapes K-C-P des ateliers demandent une préparation minutieuse. L'élaboration du programme des séances de mutualisation des connaissances est un puissant révélateur de l'état des connaissances au sein de l'entreprise: existent-elles, sont-elles partagées ? Les projecteurs conceptuels sont définis par les chercheurs, en concertation avec l'entreprise, en amont des ateliers. Ils permettent de faire tomber un certain nombre de barrières mentales, et de faciliter le passage d'une culture centrée sur le «connu» à un processus collectif d'exploration de «l'inconnu». Une première vague d'ateliers a été menée en collaboration avec l'équipe Prospective de la RATP autour de thèmes tels que Les bus innovants, Le métro des échanges , ou la conception de services qui «valorisent l'expertise répartie des voyageurs». Les recherches en cours visent à expérimenter les propositions issues de ces ateliers dans différents contextes et sur différentes dimensions : technologies et métiers en présence, enjeux de l'innovation, capacités organisationnelles... La RATP observe trois grandes mutations: - Les usages, ce ne sont plus des usagers, se sont des utilisateurs experts. Mais du coté RATP, le transport classique n'est plus adapté. Les TIC changent la face du transport. - Mutation des acteurs, par exemple avec l'arrivée de Google dans la ville de Boston. - Ces mutations sont en cours avec de nouveau acteurs Vinci et Decaux (vélos). A Lyon, le déploiement des vélov a fait baisser l'utilisation du bus de 15%. La RATP travaille aujourd'hui sur cinq domaines en partenariat avec la recherche: - De l'infotransport à l'infomobilité, l'information décide de la mobilité - La mobilité individuelle communicante. - Media interactif, « infotainment », développer des interfaces qui parlent à tout le monde. - Réflexivité généralisé (Anthony Giddens), la modernité liquide (Zygmunt Bauman) En effet, la durée de vie d'un train est de 40 50 ans, alors que les TIC se développent très rapidement cela pose des problèmes de temporalité. - B++, Bill Mitchell, Individuel qui coordonne lui même le monde physique et virtuel. La mobilité est devenu très complexe et l'introduction des TIC a rajouté des difficultés. Il faut développer des « écoles de la mobilité ». Le métro du XXème devait gérer les flux, le métro XXIème c'est le paradigme de l'échange, entre les niveaux territoriaux et entre les gens. Jean-Sebastien Bedo, France Télécom R&D France Télécom R&D s'est posé cette question: L'interdiciplinarité entre SHS et informatique, est-ce la science des services? Il y a une nécessité d'outiller les SHS, du fait de la multiplication des traces, par exemple dans le web2.0, mais aussi dans les services géolocalisés. Ces traces donnent des matériaux supplémentaires. L'idée est de récupérer une expérience. On a les moyens aujourd'hui d'automatiser l'enregistrement des usages. C'est aussi l'avènement de l'intermédiation, le web2.0 est une nouvelle organisation du marché avec de nouveaux produits très différents et complexes. avec en plus une personnalisation de masse. Il y a une segmentation très forte des besoins et une convergence des télécommunications et des médias. France Télécom travaille sur le croisement des disciplines SHS et TIC. Le projet concerne l'entrelacement des usages c'est l'acquisition automatique des usages des utilisateur Une sonde est placée sur l'ordinateur et enregistre les usages, puis les résultats sont croisés avec le trafic internet et avec des questionnaires afin de voir les intentions des utilisateurs. Pour aller plus loin France Télécom veut pousser cette acquisition des usages jusqu'à l'utilisateur afin qu'il entre dans l'entreprise, qu'il produise lui même des services. On est en train d'assister à ce modèle d'innovation dans le Web 2.0. Il y a une volonté de l'usager de voir ses propres usages. Il faut hybrider les SHS et l'informatique avec les utilisateurs. L'objectif est de coupler le dispositif avec une observation des communications. Aujourd'hui le dispositif est centré sur le foyer, demain sur l'usager mobile. l'idée est d'observer l'effet de la ville. Comment utiliser les traces des usages laissés sur les services de la ville, nous sommes au limite du traitement des informations. Florence Guery, Caisse des Dépôts et Consignations La Caisse des Dépôts et Consignations développe deux formes d'action envers la ville et les territoires en matière de numérique : - Une action dans le développement numérique des territoires: - Un accompagnement dans la réflexion des collectivité pour programmer et structurer des politiques numériques. Le co-financement d'étude et de projets, mais aussi un rôle d'intermédiation entre les chercheurs et les collectivités. Haut débit et Très haut débit, services et usages, programme Cyberbase. Mais aussi des nouveaux services comme SPL, les Espaces Numériques de Travail, les outils et usages pour les E-seniors. L'idée est de se mettre en phase pour montrer que l'innovation est aussi au service des politique de développement et ceci à travers deux axes : - Favoriser la collaboration entre acteurs et recherche. Par exemple pour les pôles de compétitivité. Quels besoins avez-vous et comment vous soutenir? Ce n'est pas très simple de définir les besoins. Aujourd'hui, la Caisse des Dépôts et Consignations soutient des études autour de plate-formes collaboratives par exemple. - Action pour favoriser les échanges avec les milieux universitaires, la prospective avec la DIACT, la CDC recherche, etc. La Caisse des Dépôts et Consignations peut-être un moteur pour « amorcer les pompes » avec les collectivités. Quelques questions : Qui n'est pas là aujourd'hui ? Qui est en train de ne pas avoir recours à la recherche dans ses modalités d'innovation? On identifie depuis un certain temps qu'une bonne partie des acteurs territoriaux dans le champs des TIC, ont du mal a avoir recours à la recherche. Il deviennent des acteurs de l'offre, et ils ont du mal à avoir recours à la « RID ». Souvent les acteurs de l'e-administration par exemple ne sont pas vraiment innovant et dupliquent des choses que l'ont fait depuis longtemps dans les Systèmes d'Information classiques. Il ne savent pas mobiliser la recherche publique ou privée. Il y a de grandes structures qui ne pense pas à utiliser la recherche dans des logiques d'innovations. Il faut peut-être des structures intermédiaires. Un problème récurrent est que les chercheurs ne sont pas incités à faire des projets plus proches du terrain. Cela pose néanmoins des questions : Qu'est ce qu'une bonne recherche? Il y a des problèmes d'évaluation. Le format de restitution devant qui et comment, est très important, il faut faire attention à son interlocuteur. C'est quelque chose de très important. Nouvelles formes de coopération
Philippe Monteiller, Pôle SCS
Dans le pôle de compétitivité SCS, le mode de fonctionnement à la direction opérationnelle vient du monde de l'entreprise. Les grandes entreprises ont très peu l'occasion de discuter avec la recherche publique. Pour une raison très simple, les grands groupes sont dans un rythme qui s'accélère en permanence, et c'est aussi toujours regarder les résultats financier. Ca amène les entreprises à être dans le domaine applicatif, il y a très peu de recherche à 4 ou 5 ans. Les entreprises privées sont contraintes de faire des choses qui s'inscrivent dans le court terme et le moyen terme. C'est un problème avec les temporalités différentes de la recherche. Le Pôle SCS est né il y a trois ans de façon opérationnelle entre les entreprises de la Région. L'idée était de montrer que dans la région PACA il y avait de fortes compétences dans le domaine des TIC. Le dossier a été monté avec des laboratoires de recherche. La mission est de faire en sorte que les acteurs régionaux puissent se rencontrer et travailler ensemble et enfin de se rassembler afin de monter des projets innovants. Les collectivités soutiennent financièrement. Que peut-on faire pour travailler avec la recherche publique? La meilleure façon c'est de mettre les gens autour d'une table et de travailler sur des projets. C'est de mettre en place des outils collaboratifs afin de travailler ensemble, par exemple le projet Cimpaca. Cimpaca est un projet qui a la vocation de faire en sorte que les entreprises privées ainsi que les laboratoires de recherche mettent ensembles des moyens pour acheter du matériel et le mutualiser pour le bien de la communauté. Cette coopérative existe. Le pôle SCS aimerait que les collectivités donnent la possibilité de devenir un territoire expérimental, par exemple pour tester le projet Munimesh. Yannick Maignien, ADONIS Le TGE Adonis est un « très grand équipement » d'accès unique aux données et aux documents numériques des SHS ». L'idée est « d'outiller » la recherche en SHS. Les SHS ont besoin d'infrastructures, par exemple les Maisons des Sciences Hommes. Mais les chercheurs en SHS utilisent de plus en plus des données numériques, des outils numériques, etc., pourtant il y a un manque d'infrastructures. Adonis a pour mission de doter l'ensemble des sciences humaines et sociales des outils numériques d'archivage, de travail, de signalement, de diffusion et de communication nécessaires au développement international de la recherche française en ce domaine. L'ambition d'Adonis s'appuie sur les bases de données (telles que celles existantes à l'Institut de l'information scientifique et technique du CNRS), le mouvement des archives ouvertes et sur la nécessité de disposer de nouveaux objets numériques pour la recherche (sources audiovisuelles, données statistiques, séries ou collections de toute nature, notamment du patrimoine). Rendre les outils et résultats de la recherche visibles et accessibles est l'un des enjeux majeurs d'Adonis. Adonis s'attachera à construire un partenariat entre acteurs majeurs de la recherche, de l'enseignement supérieur et de la culture. Des opérations-tests de numérisation d'archives scientifiques seront lancées. L'unité mixte de service CLEO s'occupera, au sein d'Adonis, de l'édition numérique de revues scientifiques. Elle reprendra les anciennes missions du Centre d'édition numérique scientifique et les développera. Un portail internet sera mis en place pour structurer les accès aux ressources et index numériques. L'idée est de mettre des personnes autour de la table afin de réfléchir à ces problèmes. Dans les sciences « dures » un très grand équipement c'est un synchrotron pour les physiciens, un incubateur pour les généticiens, un télescope géant pour les astronomes, pour les sciences sociales un TGE c'est : repérer les réseaux, les compétences, les usages des laboratoires et pouvoir les mettre en commun. Alain d'Iribarne, MSH Paris Ce qui frappe c'est que depuis 20 sur ces questions nous sommes presque au même niveau. Néanmoins on a changé dans les discours et certaines pratiques (les pôles de compétitivités). C'est le mode 2 de Giddens qui s'impose. Ce qui fait l'efficacité de la production et de la diffusion de la connaissance et de l'innovation c'est la mise en relation de compétences et de partenaires différents. Ce modèle est en train de s'imposer. Pour y arriver, les exigences augmentent pour la totalité des acteurs, il faut que tous les acteurs soit a des niveaux de professionnalisme très haut, dans des modèles d'industrialisation moderne. Aujourd'hui, c'est difficile d'être performant par rapport à ces questions. Les systèmes d'évaluation ne sont pas les mêmes, par exemple dans l'entreprise l'évaluation de la R&D en taux de retour. Pour les chercheurs académiques c'est les publications dans des revues de rang A. Tous les acteurs sont tirés dans des logiques différentes. Il ne reste que des « bricoleurs » à la marge du système. Être bricoleur au sens noble, mais c'est difficile pour des chercheurs d'être à la marge. Seuls ceux très bons peuvent réussir. Il y a un vrai problème de choix. La situation n'est pas la même dans les différents pays. Les TIC et la ville sont à l'intersection de tout et les utilisateurs s'invitent dans la production du savoir. Il y a l'arrivée dans le paysage, les fondations qui ont pour but de lever des fonds privés pour faire de la recherche publique à des finalités fondamentales. L'ensemble public est tiré par le privé vers le court terme. Dans la même rubrique :
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