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TIC et développement durable : la voie du désir ?
Un article de Daniel Kaplan publié dans Internet actu le 8 mars 2007.
Le développement du numérique et des télécommunications accompagne et accélère celui de la mobilité des personnes et des marchandises, ainsi que la dispersion géographique des chaînes de production. Il raccourcit les cycles d'innovation, et donc d'obsolescence des produits. L'idéal du télétravail a surtout contribué à l'étalement périurbain qui engendre des déplacements plus longs et presque tous automobiles. L'électronique produit de nouveaux types de déchets parfois toxiques, souvent difficiles à recycler. Un avatar de SecondLife consomme à peu près autant d'énergie qu'un Brésilien … On pourrait prolonger longtemps cette énumération. Parce que, précisément, le lien entre TIC et "développement durable" ne va pas de soi, de nombreux mouvements, projets, ateliers, sites et forums travaillent à l'établir. Dans ces travaux, les technologies mesurent, organisent, tracent (par exemple les filières alimentaires), fluidifient, accélèrent jusqu'au temps réel, par exemple dans la gestion des risques. Aucroisement de la raison et de la volonté, ces approches sont pertinentes et utiles ,quoiqu'un peu trop ignorées des spécialistes habituels du développement durable. On voudrait cependant esquisser ici une piste complémentaire : celle du désir et du plaisir. Nous avons plus d'une fois écrit notre conviction selon laquelle la formidable croissance de l'internet avait pour principes actifs, non pas la raison et l'automatisation, mais l'imaginaire et le désir. Peut-on alors s'appuyer sur cette énergie-là pour favoriser les transformations comportementales profondes qui sont nécessaires à notre avenir commun ?
Quelques pistes, pour ouvrir la discussion.
La téléaction légère. Pourquoi n'organisez-vous pas plus souvent de vidéoréunions ? Parce que, quel que soit le nombre de professionnels qui vous disent que c'est simple, vous savez, vous, que ça ne l'est pas du tout ! Quelques 20 ans après les premiers produits commerciaux, il reste très difficile d'organiser sur un coup de tête, où qu'on se trouve, une vidéoréunion de qualité, qui marche pour tout le monde. Dans un monde qui a tellement soif de relations, on ne peut pas prôner une réduction des déplacements et accepter que la qualité, la spontanéité de la relation distante, soient à ce point inférieures à celles de la rencontre physique. Plus encore, il faut faire de la télérelation et de la téléaction, non pas un choix majeur et structurant, mais un choix mineur, constamment disponible et réversible, un choix d'impulsion et de plaisir. Il reste beaucoup à faire pour améliorer, voire repenser, des outils qui demeurent à l'âge de bronze. Le libre covoiturage. Culpabiliser les automobilistes, pénaliser ceux qui voyagent seuls, produit peu de résultats car beaucoup de conducteurs n'ont pas le choix, tandis que d'autres se braqueront par simple et saine mal-pensance. Le système simple, social, réversible imaginé par les chercheurs de Nokia, dont Hubert Guillaud rend compte (ou encore le projet Carpuce présenté au Carrefour des Possibles) valorise l'automobiliste qui possède un mode de transport accessible aux autres. Il l'aide à rendre ce moment partagé sûr, plaisant, rémunérateur et peu contraignant, jusqu'à organiser des "correspondances". Il laisse en permanence ouverte la possibilité de ne pas partager. Beaucoup des innovations intéressantes en matière de transports publics et d'intermodalité s'appuient ainsi sur le brouillage des frontières avec les transports individuels, pour rendre les premiers plus personnalisés, souples et agréables, et les seconds plus "citoyens" sans pour autant les montrer du doigt. L'objet social. Dans son ouvrage Shaping Things (à paraître en avril 2007 chez FYP Editions sous le titre Compléments d'objets),Bruce Sterling propose de faire de l'"intelligence" des objets, non pas quelque chose de magique qui nous éloigne un peu plus de leur essence, mais l'inverse : une relation vivante avec l'objet, son origine (les matériaux qui le composent, les hommes qui l'ont fabriqué, ceux qui l'ont utilisé…), son devenir immédiat, ce qu'en font les autres, sa fin et son recyclage à venir… Si, par exemple, l'"empreinte écologique"fait partie de cette relation de plaisir et d'utilité, des choses nouvelles peuvent arriver. Prolongeant la démarche, certains imaginent que les capteurs disséminés dans l'espace pourraient partager et rendre accessibles leurs informations (température, bruit, humidité,composition de l'atmosphère, images de télésurveillance…), que d'autres pourront corréler, interpréter, publier, à des fins économiques,sanitaires, militantes, etc. Il n'y a derrière ces premières propositions ni théorie générale du développement durable, ni critique des autres démarches : simplement la volonté d'ouvrir d'autres portes, en s'appuyant sur le désir et leplaisir plus que sur la sagesse et la raison. Ces sujets étant appelés à nous occuper de plus en plus dans les années à venir, toutes les remarques et les idées seront les bienvenues: et vous, quels petits ou grands changements intégrant les TIC, mêlant plaisir et désir, imaginez-vous pour la planète ?" Daniel Kaplan Dans la même rubrique :
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