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Dimanche 1 Août 2010

Un manifeste des 'Villes 2.0'



Un manifeste des 'Villes 2.0'
Il y a encore quelques années, la plupart de nos liens avec la ville convergeaient vers une adresse (ou au plus deux : personnelle et professionnelle), postale et physique. Nous vivons aujourd'hui avec plusieurs dizaines d'adresses : adresses IP, courriel, messagerie instantanée, web, GPS, cartes à puce et identifiants divers dans plusieurs bases de données, plus une ou plusieurs adresses mobiles qui nous accompagnent où que nous allions.

A leur tour, les lieux et les objets se dotent d'adresses numériques, parfois sans lien avec leur localisation physique, qui sont autant de "prises" pour les activer, les interroger, les piloter : l'"intelligence ambiante" promet de changer notre expérience des lieux, notre relation aux objets et aux machines, nos rapports entre nous.


La ville et les puces


Derrière cesmouvements s'exprime, et s'accélère, une transformation profonde etencore mal prise en compte de nos modes de vie en ville, de notremobilité, de nos pratiques sociales et de consommation, del'organisation de notre temps privé et professionnel, du rôle et dufonctionnement des entreprises présentes dans la ville – mais aussi desacteurs publics et des gestionnaires d'infrastructures urbaines.Personne ne reste à l'écart de cette mutation des villes qui touchel'espace et les rythmes urbains, les liens sociaux, les services et lescommerces, les loisirs et les transports, l'administration et lapolitique. On demande autre chose à la ville, et l'on y participedifféremment. On attend des entreprises et des administrations denouvelles attitudes : personnalisation, multicanal, services compositesassociant plusieurs acteurs pour répondre "de bout en bout" à desbesoins très diversifiés, partage des informations et del'usager-client…

Ce qui se trame entre ville, puceset réseaux suscite des analogies avec ce qu'il est convenu d'appeler le"Web 2.0″, dont les caractéristiques sont un recentrage del'information et des services autour de la personne ; des interfacesstandards permettant de partager et d'agencer de diverses manièresinformations et services ; une expérience plus "sociale" du web parlaquelle l'innovation et la valeur proviennent, dans une large mesure,de l'interaction entre les utilisateurs ; mais aussi de nouvellesformes "douces" de captation de la valeur, de l'attention et dupouvoir.

Villes 2.0 ?

D'où cette formulation de Villes 2.0: une ville où les adresses cinétiques et virtuelles valent autant quel'adresse physique ; une ville où des acteurs de toutes natures,parfois concurrents, concourent à fournir les services dont lescitadins et visiteurs ont besoin, où et quand ils en ont besoin ; uneville d'innovation technique, économique, urbaine mais aussi sociale etcollective ; une ville qui exploite les technologies pour organiser lacohabitation des rythmes des citadins, des entreprises, desadministrations, mais aussi entre le temps court des réseaux et letemps long des décisions collectives ou des infrastructures ; une villedont la carte "est" le territoire, non parce qu'elle en serait devenuele reflet fidèle, mais parce qu'elle le produit et interagitdirectement avec elle ; une ville dans laquelle on vit, travaille,joue, se cultive et débat de l'avenir dans l'espace numérique autantque dans l'espace physique, sans opposer l'un à l'autre ; une ville quis'appuie sur l'innovation pour devenir "durable"…

LaVille 2.0 n'est pas une cité miraculeuse. Elle est bruyante,désordonnée parcourue de tensions. Elle exclut facilement ceux qui nedisposent pas d'un accès constant et compétent aux réseaux. Chacun s'ytélésurveille volontiers tout en cherchant à échapper à l'œilleton desautres. Les communautés s'y cloîtrent et se protègent du contact deceux qu'elles sentent par trop différents. Elle valorise la mobilitésans la proposer à tous.

Cette ville n'existe encorepas tout à fait, mais partout, elle se prépare, elle émerge, que cesoit avec l'aide ou à l'insu de ses grands acteurs. En quoidiffère-t-elle de la ville que nous connaissons ? Quel rôle lestechnologies y jouent-elles ? Quels nouveaux acteurs émergent-ils avecelle ? Comment se repositionnent, évoluent les acteurs d'aujourd'hui ?Quelles stratégies, quelles alliances, quels modèles d'activité etd'innovation peuvent-ils créer ensemble ? Quelles tensions, quelsrisques émergent-ils ? Et en définitive : à quelles ruptures doit-ons'apprêter à faire face, et comment, dans la Ville 2.0, répondreensemble aux attentes des citadins-usagers-consommateurs ?

Laboratoire de la coopération et de nouveaux savoir-faire

Aucun acteur ne détient seul les réponses. Les technologies et lesréseaux accompagnent et accélèrent les transformations urbaines. LaVille est le laboratoire privilégié de tous leurs usages ; c'est aussien ville que ces usages se développent tous ensemble, introduisant unautre ordre de complexité. Les réponses aux grandes questions posées àla Ville – attractivité et compétitivité, qualité de vie, cohésionsociale, sécurité, dynamisme culturel, présence et efficacité desservices collectifs ou privés, mobilité et développement durable… –s'appuieront dans une large mesure sur les technologies ; mais dans lemême temps, les réseaux et services numériques ne peuvent pas sedévelopper sans un lien fort avec les acteurs de la ville.

Les grandes métropoles constituent donc, aussi, des bassinsd'opportunités qui offrent à la fois un terrain favorable auxexpérimentations, et l'accès à des marchés d'une taille suffisante pourpermettre à de jeunes pousses, des chercheurs, des grandes entrepriseset des acteurs publics, de développer des savoir-faire innovants dansle secteur des services urbains.

Les acteurs de laville et ceux des technologies doivent préparer l'avenir ensemble. Ilsne le font pas assez. Quand les urbanistes ou les élus pensent l'avenirdes villes, ils le font en général sans les opérateurs detélécommunications mobiles, les fournisseurs de services en ligne oules communautés numériques de migrants. Quand les spécialistes des TICse projettent dans l'avenir, ils n'appellent pas les constructeurs deparkings, les transporteurs ou les compagnies des eaux. Il est vrai queleurs cultures et leurs vocabulaires sont très différents ; vrai aussique les utopies d'hier (le télétravail, censé déplacer des millions decadres à la campagne…) ont laissé de mauvais souvenirs. Mais il esttemps de franchir les anciennes frontières et de s'apercevoir quedécision après décision, nous construisons ensemble la ville du futur.

Nous nous y emploierons au travers du programme Villes 2.0.

Daniel Kaplan, Stéphane Lelux et Bruno Marzloff




1.Posté par ghislaine le 03/07/2007 11:25

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